Une police d’assurance-vie permanente plutôt que des placements non enregistrés ?

Je vous ai déjà fait part dans un article antérieur comment j’évalue mon besoin d’assurance vie. Grosso modo, je suis d’avis que de manière générale une assurance temporaire couvre amplement les besoins d’assurance de M. et Mme. Tout le Monde dans les moments charnières de notre vie (durée de notre hypothèque, arrivée d’un nouvel enfant, etc.). L’arrivée de Mini Épargnant, quoi qu’ayant augmenté mon besoin d’assurance, ne m’a pas amené à changer mon opinion sur le sujet. Malgré tout, un de mes collègues (Bernard) m’indiquait récemment comment une assurance-vie permanente pourrait avoir un attrait intéressant afin de réduire mon risque financier dans une optique de transfert de patrimoine auprès de Mini Épargnant. Je vous expliquerai pourquoi dans cet article.

D’entrée de jeu, mon objectif d’épargne a toujours été comme suit :

  • D’abord, prioriser l’épargne dans des régimes enregistrés (priorisation REEE > CELI > REER)
    • Pour ces placements, je suis fortement pondéré en indices boursiers
  • Dans un second temps, rembourser mon hypothèque
    • Bien que cela ne soit pas optimal dans l’environnement de taux hypothécaire actuel d’effectuer des remboursements anticipés, être libre de dette a tout de même un attrait à mes yeux et pourrait même me permettre une certaine prise de risque additionnel dans le futur, sachant que la pression quotidienne sur mes liquidités sera moindre. Cette prise de risque pourrait ultimement résulter en des rendements plus importants
  • Finalement, placer dans des instruments non enregistrés et autres investissements potentiellement « exotiques » (ex : terres, crowdfunding)
    • Idéalement, ces placements me permettront de me diversifier dans des classes d’actifs autres que les actions. Je tenterai donc de prioriser l’achat d’actifs ayant une faible corrélation aux marchés boursiers

Bien que mon hypothèse de rendement soit de 6% annuellement pour tous mes placements enregistrés, j’ai historiquement supposé une hypothèse plus conservatrice pour mes placements non enregistrés : 4% annuellement après impôt. Au fil de ma période d’accumulation d’actifs, le poids de mes placements non enregistrés est appelé à augmenter afin de se retrouver à 15% au moment où j’aurai atteint 65 ans. On voit dans le graphique ci-dessous que c’est dans 10 ans qu’il est prévu que je commence à investir dans cette catégorie d’actifs.

Mon plan de match étant de pouvoir léguer minimalement toute la portion « placements non enregistrés » à mes descendants, la question mérite d’être posée à savoir si je pourrais avoir recours à de l’assurance permanente afin « d’investir » mes primes pour obtenir une prestation non imposable lors de mon décès qui sera versée à mes bénéficiaires. Analysons de plus près les implications.

Un exemple pour un produit T100

Comme son nom l’indique, un T100 offre une protection d’assurance-vie jusqu’à l’âge de 100 ans. De manière générale, des primes nivelées sont versées pour ce type de produit ; cela implique que nous sur-finançons le risque de mortalité que nous représentons lors des premières années de police et sous-finançons ce dernier lors des dernières années du contrat. Aucune valeur de rachat n’étant offerte sur ce produit, ce dernier est très illiquide. C’est-à-dire, dans l’éventualité où nous arrêterions de payer les primes au contrat, la police prend fin sans aucun versement fait au titulaire de la police. En contrepartie, les primes exigées au contrat sont plus faibles qu’un produit d’assurance-vie entière offrant une valeur de rachat.

Pour quelqu’un de mon âge non-fumeur et qui représenterait un risque « standard » auprès de l’assureur et qui souhaiterait avoir une protection de 500 000$, un minimum de 3 005$ annuellement devrait être payé selon la grille de taux actuelle disponible sur le marché.

Le rendement « implicite » représente le taux auquel l’accumulation des primes permet d’obtenir le montant d’assurance (500 000$ dans ce cas-ci). Évidemment, la grosse inconnue de l’équation qui dictera le rendement « implicite » que j’obtiendrai sur ces primes est le moment du décès. Lorsqu’on analyse la courbe de rendement selon le moment du décès, celle-ci décroît graduellement à mesure que le décès survient tard puisque je payerai davantage de primes et ces dernières sont accumulées sur une plus longue période. Pour la prime exigible à ma situation, un plancher de 2.4% est atteint si le décès survient à 99 ans.

Comme on peut le voir, la distribution des rendements est donc très incertaine et fortement dépendante du moment du décès. Bien que cette variable soit aléatoire, les statistiques démographiques canadiennes peuvent tout de même nous donner une indication de ce qu’on pourrait s’attendre en moyenne. Par exemple, pour un homme « typique » de mon âge, mon espérance de vie est aux alentours de 78 ans. Cela implique donc approximativement 45 années de primes pour obtenir un versement de 500 000$ au décès.

En reprenant le graphique précédent sur les âges le plus probables de décès, on voit que le rendement implicite de cette police serait d’approximativement 4.8% pour mon âge espéré de décès de 78 ans. Cela excède donc mon hypothèse moyenne de rendement pour mes placements non enregistrés et ce, sans aucun risque financier résiduel puisque les primes sont garanties par l’assureur ! Il est important de noter que puisque les prestations de décès sont non imposables, ce rendement devrait être comparé à un rendement après impôt.

Points à noter

Cet exemple montre comme quoi il pourrait être intéressant pour mon besoin spécifique de transfert de richesse à mes descendants d’avoir recours à de l’assurance permanente. Quelques points importants sont toutefois à noter :

Tout d’abord, le produit que j’ai traité est complètement illiquide. C’est-à-dire, une fois la police émise et les primes payées, vous vous devez continuer à verser ces dernières auprès de l’assureur si vous voulez avoir droit à un montant de prestation. Cela amène l’avantage toutefois que l’assureur peut placer ces primes dans des instruments plus illiquides qui amènent à réduire le taux qu’il vous charge (vous êtes donc en partie rémunérés pour cette perte de liquidité). C’est un pensez-y bien toutefois si vous souhaitez vous garder la porte ouverte à avoir accès à ces liquidités. Le cas échéant, vous devriez donc prendre une police avec valeur de rachat qui réduit la courbe des rendements implicites que vous obtiendrez.

Dans un deuxième temps, la courbe de rendement que je présente est intimement liée aux primes que l’assureur vous charge. Dans cet exemple, j’ai pris les primes les plus faibles qui sont cotées pour quelqu’un de mon âge. L’assureur pourrait vous charger des primes différentes selon l’évaluation du risque que vous représentez à ses yeux et votre espérance de vie. Tous ces éléments auront une incidence sur la courbe de rendement implicite.

Dans un troisième temps, notez qu’avec ce produit vous venez cristalliser l’environnement économique actuel jusqu’à votre décès. Dans l’éventualité où l’environnement de taux d’intérêt reprenait du poil de la bête dans le futur, vous seriez contraint à continuer de payer le même taux de prime alors que les taux obligataires augmenteraient et qu’il pourrait être plus avantageux d’acheter des obligations aux taux courants.

Finalement, l’achat d’un T100 pour mon besoin spécifique me permet d’avoir un actif dont le rendement est non corrélé au marché boursier, ce amènerait une diversification dans le rendement global de mon actif net. Toutefois, puisque l’assureur prend en charge ce risque financier, une certaine rémunération est exigée de sa part afin de supporter ce risque. Ainsi, le rendement que l’assureur s’attend à réaliser sur son portefeuille demeure plus élevé que ce qui est refilé dans la prime. Un investisseur qui reproduirait la stratégie de placement de l’assureur pourrait donc s’attendre à long terme à être avantagé de ne pas prendre de T100 afin d’aller chercher la prime de risque que ce dernier conserve comme profit.

En conclusion, je referai ce genre d’exercice le temps venu (i.e. dans 10 ans) afin d’évaluer si 1) les courbes de rendement implicites sont toujours intéressantes et 2) d’autres opportunités plus intéressantes s’offrent à moi de diversifier mon risque de rendement. Dans tous les cas, l’exemple mis de l’avant dans cet article vise à répondre à un besoin bien spécifique. Je vous invite à contacter votre conseiller pour développer une stratégie adaptée à vos besoin.

2 avis sur « Une police d’assurance-vie permanente plutôt que des placements non enregistrés ? »

  1. Encore un très belle article. Qui arrive, en plus, à un moment opportun car notre conseillé nous parle souvent du fait que nous n’avons pas d’assurance vie. L’article semble me confirmer notre choix de ne pas en vouloir mais il y’a toujours la question du nième enfants qui s’appelle Taxe et qui sera très gourmand au moment de passer l’arme à gauche.
    A noter : mes priorités d’investissements sont plutôt REER pour avoir un retour d’impôt que je mettrais dans le REEE. Cumulé avec la participation du gouvernement au REEE, mon REER m’a quasiment rien coûté. 😉

    • Merci Alek du bon commentaire !

      J’espère ne pas avoir lancé comme quoi l’assurance vie n’est pas utile. Ce que je soulève est que de manière générale, si on recherche uniquement de répondre à un besoin d’assurance pour ne pas laisser nos proches dans le pétrin en cas de décès, j’ai tendance à croire que de l’assurance temporaire répond au besoin puisqu’elle permet d’aligner la durée de couverture avec ces besoins clés de notre vie. Théoriquement, je crois ce besoin devrait même en temps normal être appelé à decroître sur la durée de couverture puisque nos obligations sont appelées à diminuer dans le temps et / ou notre actif croît, ce qui réduit par la bande le manque à gagner en cas de décès. Pour l’assurance permanente, je crois qu’elle a aussi son utilité mais au-delà du besoin « pur » d’assurance. En effet, il serait triste que si je décède à 80 ans disons que mon enfant ait besoin de ma prestation d’assurance pour bien vivre. Dans cette optique, je vois davantage ce produit comme une sorte de « placement » sans risque financier pour moi et qui permettra de diversifier mon portefeuille (cela implique que j’ai des actifs que je lèguerai à mon décès).

      C’est en effet une bonne approche de prendre le retour d’impôt du REER pour le mettre dans le REEE, à moins que ton salaire n’augmente de manière substantielle dans le futur! Le cas échéant, je préfèrerais aller piger dans mes liquidités courantes afin de me laisser mon espace REER disponible au moment où j’aurai un plus grand salaire. De mon côté, je ne cotise plus à mon REER pour l’instant. Mon intention sera, lorsque je recommencerai, de prendre un REER conjoint pour profiter de la déduction de salaire sur mon revenu et l’impôt futur sur le revenu de mon épouse (qui est moindre).

      Toujours un plaisir de lire tes commentaires !

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