Six erreurs financières commises durant ma vingtaine

Je me replace un beau matin du mois de juillet 2010. Fraîchement diplômé de l’Université, je dépose ma dernière boîte dans le camion de déménagement qui m’amènera à débuter mon parcours professionnel dans la belle ville de Toronto. C’est à ce moment que je réalise que je ne suis plus dépendant financièrement de mes parents. Une nouvelle étape débutait dans mon cheminement vers l’indépendance financière ! Bien qu’en rétrospective je sois relativement satisfait des choix financiers que j’ai effectués depuis ce temps, je vous présente dans ce texte six erreurs commises selon moi au cours de la dernière décennie et qui auraient pu me permettre d’être dans une situation financière plus enviable au moment de l’écriture de cet article.

Erreur 1 – Une mauvaise évaluation initiale de mes besoins

Lorsqu’on passe d’une situation où nous avons un emploi étudiant dont le salaire avoisine les niveaux minimums à celui d’un professionnel, il peut être tentant de « stepper up » notre niveau de vie en conséquence. C’est exactement ce que j’ai fait à mes tout débuts sur le marché du travail. Logement surplombant l’aréna des Maple Leafs, chambre ayant une vue sur la tour du CN, épicerie à même mon bloc à condo, rien n’était trop beau à ce moment. Toutefois, la réalité était que dans cette belle parure, je devais tout de même continuer à étudier mes examens actuariels (200-300 heures d’étude par bloc de 4 mois) en plus de travailler à temps plein dans une ville où l’équilibre travail-vie personnelle n’a pas bonne réputation. Bref, pas grand temps pour profiter de ces « perks ». Cette anecdote illustre à mon avis très bien le risque qui guette tout jeune dans la vingtaine qui débute sur le marché du travail et qui a du jour au lendemain une marge de manœuvre financière beaucoup plus importante que ce à quoi il est habitué.

Ce que j’aurais aimé savoir plus tôt : En rétrospective, la question que je me posais à mes tout début en tant que professionnel était « est-ce que j’en ai les moyens » plutôt que « est-ce que j’en ai besoin » et « est-ce que cela améliore vraiment mon niveau de bonheur ».

Erreur 2 – Une trop grande aversion au risque

On le sait tous, plus on commence tôt à épargner lorsque nous sommes jeunes, plus ces épargnes produisent du rendement composé qui sur le long terme, devient important. Cela est évidemment à la condition qu’on place ces épargnes de manière adéquate. Lors de mes tout débuts sur le marché de l’emploi, nous venions à peine de nous remettre d’une crise financière majeure. Je voyais des risques partout qui me justifiaient donc de ne pas trop m’exposer à la bourse  (ex : guerre civile en Libye de 2011, crise de la dette grecque, dette des ménages canadiens, etc.) ! Cela m’a amené à passer à côté de quelques années de rendements boursiers intéressants pour une portion de mes épargnes que j’aurais pu investir de manière plus adéquate.

Ce que j’aurais aimé savoir plus tôt : Quand on regarde en rétrospective, il semble toujours exister des nouvelles qui, si on leur accorde trop de poids, pourraient justifier d’attendre un meilleur moment avant de placer nos épargnes. Parfois, la pire erreur est de ne rien faire plutôt que de se mouiller, surtout quand on a tout le temps devant nous pour se refaire.

Erreur 3 – Prioriser mes cotisations REER plutôt que mes cotisations CELI

Je ne m’étendrai pas trop sur les différences entre le REER et le CELI, je suis certain que vous connaissez les principales. Pour une raison qui m’échappe encore, j’ai décidé à ma sortie de l’université de prioriser les cotisations dans mon REER plutôt que dans mon CELI. Le retour d’impôt à ce moment me semblait alléchant et je me disais par le fait même que je gelais cet argent pour un projet futur potentiel, par exemple un achat de maison où je pourrais « rapper » mon REER et le rembourser sur 15 ans. Bien que l’impôt marginal que j’ai sauvé en investissant dans mon REER soit non négligeable, prioriser mon CELI m’aurait permis de sauver davantage d’impôt pour plus tard (aujourd’hui).

Ce que j’aurais aimé savoir plus tôt : N’aie pas juste une vue sur le gain court terme. Tente d’évaluer comment ta décision optimise ta situation financière sur le long terme.

Erreur 4 – Ne pas avoir utilisé efficacement les avantages sociaux mis à ma disposition

Pour ceux qui ont l’opportunité de se voir offrir un régime d’avantages sociaux, ne lésinez pas sur les efforts afin de tenter de bien comprendre ce qui vous est offert et tenter de maximiser son utilisation pour votre coût. J’ai à mon avis commis deux erreurs à cet égard en début de carrière :

  • Être trop assuré pour mon assurance collective
    • Lorsqu’on est un jeune célibataire dans la vingtaine et qu’on fait partie d’un régime d’assurance collective, il est clair qu’on paie trop cher pour le risque qu’on représente. Étant en bonne santé, la décision rationnelle était de prendre la couverture minimale qui m’était offerte. Toutefois, le « juste au cas » a pris le dessus sur la décision rationnelle qui s’imposait.
  • Ne pas maximiser les cotisations de mon employeur
    • Lors de mon premier emploi, mon régime de retraite était à cotisation déterminé. L’employeur cotisait donc un % de chaque versement fait dans mon régime. J’avais le choix du niveau de cotisation que je pouvais mettre dans mon régime. J’ai donc choisi le niveau minimal pour me donner plus d’argent immédiatement dans mes poches plutôt que cotiser davantage et bénéficier de cotisations additionnelles de cet employeur.
    • Un second exemple similaire est via le régime d’achat d’actions qui m’était offert lors de mon premier emploi. Pour chaque $ investi afin d’acheter des actions de mon entreprise, mon employeur cotisait 0,5$. Je n’ai rien mis (!). Depuis ce temps, l’action de cette compagnie a pris plus de 200%…

Ce que j’aurais aimé savoir plus tôt : Le salaire est une chose, mais les autres avantages offerts par un employeur peuvent être non négligeables. Parfois, il vaut mieux laisser sur la table de la liquidité court terme pour obtenir un avantage plus important à long terme.

Erreur 5 – Ne pas avoir d’objectif financier clair dès ma sortie de l’université

Ce n’est qu’à l’âge de 27 ans où je suis à mon avis devenu beaucoup plus rigoureux sur le suivi de mes dépenses et mes finances personnelles. Auparavant, j’avais tout de même une rigueur afin d’épargner un certain % de mon salaire, sans nécessairement avoir de plan de match sur l’utilisation que je souhaitais en faire à moyen / long terme. Lorsqu’on n’a pas d’objectif clairement défini qui sert d’étoile polaire qu’on vise à atteindre, la discipline est moins présente pour nous challenger dans nos décisions. Tout objectif pour lequel on doit mettre un peu d’efforts afin d’atteindre est à mon avis sain afin de tracer une voie à suivre sur laquelle on peut s’évaluer plus tard.

Ce que j’aurais aimé savoir plus tôt : Établir minimalement un objectif quantifiable court et moyen terme d’un point de vue financier sur lequel je peux m’autoévaluer dans le temps pour tracer son étoile polaire. Par exemple, de mon côté, je me suis donné deux principaux objectifs financiers qui à mon avis, me permettre d’atteindre un certain équilibre :

  • Épargner 25% de mon salaire net annuellement (objectif court terme)
  • Atteindre l’indépendance financière d’ici les 16 prochaines années (objectif moyen terme)

Erreur 6 – Ne pas avoir saisi suffisamment les opportunités via mon réseau de contacts

J’ai à mon avis la chance de côtoyer des gens qui ont une grande vivacité intellectuelle, une volonté d’apprentissage importante et une générosité de partage au niveau de leurs connaissances. Ce n’est qu’à moi de prendre les bons côtés de ces derniers afin de les mettre en pratique. Je faisais part précédemment que j’ai commencé à devenir plus rigoureux financièrement à l’âge de 27 ans. Ces habitudes auraient pu à mon avis être mises en place beaucoup plus tôt si j’avais été plus alerte à mon réseau de contact. J’ai en tête un collègue à l’université qui était particulièrement vivace intellectuellement pour tout ce qui entoure la finance personnelle et les placements. Bien que nous tenions régulièrement des discussions entourant la finance, je ne mettais pas en pratique les conseils que ce dernier me donnait.

Ce que j’aurais aimé savoir : En étant plus alerte au comportement des autres et de leurs raisonnements, ces derniers peuvent nous apprendre des comportements qui, seuls, n’émergeront que plusieurs années plus tard. Bref, de bonnes habitudes mises de l’avant à 27 ans auraient pu être établies beaucoup plus tôt si j’avais été plus alerte et à l’écoute.

En conclusion, bien que mon parcours financier soit parsemé d’erreurs plus ou moins importantes, je crois que c’était un passage obligé pour m’amener où je suis aujourd’hui. L’important est à mon avis d’identifier ces erreurs et d’éviter qu’elles se reproduisent dans le futur.

De votre côté, quelles erreurs financières avez-vous commis durant votre vingtaine ?

2 réflexions sur « Six erreurs financières commises durant ma vingtaine »

  1. Une grave erreur que j’ai commise a été de penser que je conserverais mon emploi. Début mars 2005, je cotise 5000$ à mon REER, mon salaire annuel devant atteindre environ 40 000$. Mais, oups, contrat pas renouvelé à la fin de l’année fiscale au 31 mars. Au total, mon revenu de 2005 a été d’environ 18 000$, dont un 6 000$ de bourse octroyé pour un stage à l’étranger effectué à partir de septembre, donc, tsé, pas imposable au fédéral. Bref, j’ai perdu un 5000$ de cotisation REER sans vraiment recevoir de retour d’impôt dessus. Pire, comme j’ai maintenant une job assortie d’une pension à prestation déterminée qui devrait me rapporter, en dollars de 2019, environ 60 000$ par année, quand je vais retirer ce 5000$ de mes REER, je vais payer pas mal plus d’impôt dessus que j’en ai sauvé à l’époque. Bref, à moins d’être blindé côté emploi, j’ai appris que c’est toujours bon attendre un peu pour cotiser au REER, quitte à attendre à janvier de l’année suivante pour avoir un portrait juste de nos revenus et cotiser en conséquence.

    • Je n’avais jamais pensé au risque de cotiser « trop tôt » dans l’année dans son REER dans l’anticipation d’avoir un retour d’impôt X, mais que ce dernier ne se matérialise pas en raison d’un choc sur nos revenus. Dans tous les cas, cette cotisation aurait probablement être plus utile pour pallier cette baisse de revenu non anticipée. Au niveau de l’impact fiscal, j’imagine qu’on pourrait reporter la déduction au moment où nos revenus se stabilisent à des niveaux plus « standards » pour bénéficier d’un retour d’impôt plus intéressant dans le futur ?

      Au plaisir,

Répondre à Francois Annuler la réponse.

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *