Sélection d’actions individuelles ou FNB?

Je n’ai jamais vraiment acheté la théorie comme quoi les marchés sont efficients au point qu’il soit impossible de les battre de façon systématique. Je suis d’avis qu’il existe des inefficiences pour lesquelles un investisseur alerte peut tirer profit des opportunités qui lui sont offertes. Comme dirait Benjamin Graham: “In the short run, the market is a voting machine but in the long run, it is a weighing machine.” Bien qu’ils soient très peu nombreux, certains investisseurs ont réussi à produire au cours de leur carrière des rendements systématiquement au-delà des rendements des marchés en procédant à des choix judicieux d’entreprises sous-évaluées. Malgré tout, dans le reste de cet article je vous présente quelques arguments en faveur d’une stratégie passive d’achat de FNB.

Mon contexte

Ayant fait des études en ingénierie financière, je trouve intéressant l’idée d’analyser les fondamentaux d’entreprise afin de dénicher des occasions d’achat. Mes cours de maîtrise m’ayant donné un bagage de connaissances à plusieurs niveaux (ex: gestion de portefeuilles, finance corporative, etc.), à quoi bon se contenter en tant qu’investisseur d’une stratégie aussi simple que l’achat de fonds indiciels qui peut être appliquée par quiconque ?

Je vous dirais que justement, ces études m’ont amené à me sentir humble par rapport à la finance. Malgré tous les efforts que je mettrai pour développer des stratégies complexes de sélection de titres, rien ne me garantit qu’ultimement je sois en mesure de battre les rendements du marché. Dans l’éventualité où je battrais ce dernier, il me faudrait alors comparer la plus-value en $ que j’ai su créer à l’intérieur de mon portefeuille par rapport au temps additionnel que j’ai consacré à la sélection des titres composant ce dernier. Pour le petit épargnant que je suis, cette plus-value relative pourrait devenir attrayante uniquement si je réduisais mon exposition à seulement quelques titres (ex : 4 ou 5). Dans cette optique, je serais peu à l’aise avec le niveau de diversification à l’intérieur de mon portefeuille. Si je souhaitais conserver un niveau de diversification plus raisonnable, il me faudrait donc choisir davantage de titres (ex : 20 titres). Bref, la plus-value potentielle que je pourrais créer à l’intérieur de mon portefeuille ne pourrait justifier l’investissement de temps que je mettrais pour le choix de titres qui battraient ultimement les marchés et ce, si plus-value il y a !

Des arguments en faveur des FNB

J’ai récemment lu le livre The Little Book of Common Sense Investing de John C. Bogle qui est un ouvrage fortement recommandé par Warren Buffet. La simplicité de ce livre ne diminue en rien la portée des éléments qui y sont abordés. Voici donc quelques concepts qui ont retenu mon attention dans cet ouvrage et qui militent en faveur d’une stratégie passive de type « buy and hold » de FNB :

1. Les marchés boursiers sont un jeu à somme nulle. Lorsqu’on introduit les coûts d’investissement, ils deviennent alors un jeu de perdant

Un investisseur devrait tenter de minimiser les coûts d’investissement. Autant l’effet composé des rendements est un puissant outil afin d’accumuler la richesse, les coûts d’investissement sont eux-aussi composés et peuvent venir gruger une part importante de ce gain. L’achat de FNB dans l’optique de les conserver indéfiniment est une stratégie d’investissement qui permet de minimiser les coûts d’intermédiaires. Notons entre autres que plusieurs plateformes de courtage offrent l’achat de FNB sans aucun frais. Le graphique ci-dessous montre l’impact à long terme que peut produire l’introduction de coûts d’investissement dans notre stratégie de placement. Dans ce scénario, un écart de 1% produit par cette variable peut amener notre investissement initial à être près de 30% plus faible au bout de 35 ans.

Un investisseur choisissant d’aller de l’avant vers une stratégie « stock picking » vise à créer de la valeur ajoutée dans ses placements. Toutefois, ce gain potentiel est incertain alors que les coûts d’investissement introduits sont garantis. Plus la stratégie vise à obtenir des gains sur un court horizon de temps, plus ces coûts deviennent importants en raison de la récurrence de leur fréquence.

2. Sur le long terme, les rendements boursiers présentent une portion spéculative pratiquement nulle.

En effet, ces derniers auront plutôt tendance à suivre l’évolution de la croissance des revenus d’entreprise et le rendement de dividende.

L’auteur démontre que sur un horizon de temps donné, la « portion spéculative » des rendements (i.e. l’écart entre les rendements des marchés par rapport à la croissance des revenus d’entreprise et les dividendes) est non-nulle. Cette « portion spéculative » a toutefois tendance à avoir une moyenne nulle à mesure que l’horizon de temps de l’analyse s’élargit. Dans cette optique, un investisseur achetant des FNB et les conservant indéfiniment n’a pas à se soucier de la bipolarité des marchés.

3. « Il veut mieux acheter la botte de foin plutôt que de tenter de trouver l’aiguille »

Il est vrai qu’il existe des investisseurs qui sauront surperformer sur un horizon long terme les marchés. Toutefois, il faut être conscient que ces situations demeurent extrêmement rares. Entre autres :

  • Sur un horizon de 40 ans, l’auteur mentionne que seulement 2 fonds mutuels sur 355 fonds analysés ont réussi à créer une plus-value annuelle excédentaire de 2% par rapport à l’indice S&P 500 alors que seulement 8 ont réussi à produire une plus-value annuelle entre 1% et 2%. Ainsi, il est extrêmement difficile de battre les marchés à long terme et ce, même pour les professionnels.
  • Les fonds mutuels offrant les meilleurs rendements pour une période donnée auront davantage tendance à offrir de mauvais rendements les périodes suivantes. Dans cette optique, cela m’indique qu’une stratégie de placement ayant bien fonctionné pour une période n’est pas un indicateur de succès futur. Le tableau ci-dessous montre que les gestionnaires ayant le mieux performé pour une période donnée auront une probabilité plus élevée d’avoir des rendements moins intéressants pour un horizon subséquent. Il est de plus extrêmement difficile d’identifier une stratégie gagnante pour une période subséquente uniquement en analysant la performance de la période précédente. Bref, l’autocorrélation entre la performance relative des gestionnaires est presque nulle.

D’un point de vue personnel, je crois qu’une stratégie passive d’achat FNB a l’avantage de me détacher davantage de mes placements dans la mesure où je suis moins porté à me remettre en question puisque ma stratégie sera appelée à suivre les rendements des marchés. Lors de situations de baisses boursières prononcées tel que vécu à la fin de l’année 2018, plutôt qu’être soucieux à savoir si j’avais choisi suffisamment de titres défensifs dans mon portefeuille, j’ai haussé les épaules en me disant qu’à long terme ma stratégie m’amènera à performer selon la santé de l’économie mondiale. Je dois concéder que ce détachement peut aussi être présent auprès de l’investisseur choisissant des titres boursiers dans lesquels il a une totale confiance. Toutefois, je trouve cela plus facile à appliquer lorsque des indices sont choisis.

Pour conclure, je dois tout de même mentionner que la sélection de titres boursiers est à mon avis plus excitant à suivre que l’achat de FNB. Dans cette optique, je consacre 5% de mon portefeuille en action à l’achat de titres spécifiques afin de me procurer cette « excitation » amenée à savoir si j’ai fait de bons ou mauvais coup et ce, tout en sachant que 95% de mon portefeuille demeure aligné avec les principes mis de l’avant par feu John C. Bogle.

De votre côté, êtes-vous davantage porté vers la sélection de titres boursiers ou des FNB ?

2 avis sur « Sélection d’actions individuelles ou FNB? »

  1. Salut PetitEpargnant,

    Je viens de passer au travers de chacun de tes articles. Très intéressant! Merci pour ta contribution à l’univers Québécois de la liberté financière!

    De mon côté depuis 2008 je suis dans les titres à dividende canadien. Puis quelques années plus tard j’ai commencé à diversifier en achetant des titres à dividende en dollars usd. Puis en 2013, j’ai commencé à acheter des titres à dividende en euros. Enfin, récemment, j’ai commencé à acheté des titres à dividendes en francs de la communauté ouest-africaine.

    L’achat de titres à dividendes individuels procure certains avantage:
    -en triant les titres par dividend yield, on fait apparaître sur notre écran radar les titres qui sont en « rabais ». Ensuite il faut juger si c’est en rabais parce que le marché les boude sans raison ou bien si c’est en rabais parce que le titre vaut pas de la m****.
    -en investissant dans des titres à dividende, on se prive des compagnies à forte croissance mais par la même occasion je crois qu’on minimise la volatilité de notre portefeuille en se retrouvant avec des entreprises qui sont grandes, stables et qui ont beaucoup d’actifs physiques.
    -en investissant dans les entreprises à dividende je crois aussi qu’on se trouve à avoir sur notre écran radar des titres à la fois du secteur des matières premières (grosses minières, gros agricoles) et des transformateurs de ces matières premières (fabricants de machinerie qui achète du métal ou restaurants qui achètent les produits agricoles). Ainsi on diversifie notre actif en achetant des titres dont les revenus sont possiblement négativement corrélés.
    -enfin, en investissant dans les titres à dividende dans un compte non enregistré, on peut bénéficier (ou souffrir) de l’effet levier en obtenant du financement de 50% (titres entre 2 et 5$) , parfois de 70% (titres supérieurs à 5$) ou même 100% (emprunter l’argent sur une marge de crédit ou une carte de crédit, puis déposer cet argent dans le compte sur marge puis obtenir du financement sur ce financement…. cowboy!!). Les dividendes peuvent permettent de couvrir les frais d’intérêt du financement. On investi en bourse comme on investi en immobilier…. avec l’argent des autres.

    Merci pour ta suggestion de lecture dont j’ai lu certaines. En voici d’autres pour ton plaisir:
    -Millionaire Next Door, Thomas Stanley
    -Millionaire Fast Lane, DeMarco
    -Canadian Real Estate Action Plan, Peter Kinch

    Ned

    • Salut Ned,

      Merci pour ce commentaire positif! Je crois que nous avons plusieurs points communs dans notre profil d’investisseur dans la mesure où je suis moi aussi appelé à avoir une pondération importante dans les titres à haut dividendes. Quand je fais du stock picking sur ce type de titres (dans le 5% que je fais référence dans mon article), l’une des variables les plus importantes que j’analyse sont le payout ratio et le leverage ratio ainsi qu’évidemment le type de secteur dans lequel l’entreprise fait parti. Toutefois, malgré tout je tente de demeurer fidèle à ce que je prône dans cet article, c’est-à-dire que je focus sur les FNB. Cela ne m’empêche pas de surpondérer mon allocation dans des FNB de type dividende en raison du fait que j’aime le fait d’avoir un cash flow stable à chaque mois et que cela m’expose aux services financiers et aux grosses compagnies énergétique. Je compte d’ailleur aborder plus en détail ultérieurement ma philosophie entourant l’asset allocation de mes placements.

      Merci pour tes suggestions de lecture, je connaissais le 1er mais pas les 2 autres!

      Petit Épargnant

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