Quel montant d’assurance vie ai-je besoin ?

Quoi de plus plaisant que de déterminer le montant d’assurance que nous aurons besoin dans l’éventualité de notre décès ? Ayant moi-même plus ou moins évité la question pendant un bon moment, j’ai récemment tenté d’évaluer si ma couverture actuelle était suffisante. Dans l’optique où mon épouse et moi avons établi comme objectif commun d’atteindre l’indépendance financière d’ici plus ou moins 16 ans, j’aimerais m’assurer que cette dernière puisse tout de même atteindre cette cible si je décédais prématurément. Pour ce faire, j’ai construit un modèle que vous trouverez à la fin de cet article qui, malgré les données fictives qui s’y retrouvent, vous illustre une façon relativement simple que j’ai utilisé afin d’évaluer mon besoin d’assurance dans le futur. Notez que le contenu de cet article ne présente qu’un point de vue personnel par rapport à la détermination de mon besoin d’assurance. Je recommande dans tous les cas de discuter davantage de la question avec votre conseiller financier pour obtenir des conseils adaptés à votre réalité.

Étape 1 – Projection de son actif net

Pour ceux qui ont déjà en place un modèle de projection de revenus et de dépenses, cette étape devrait être relativement simple à effectuer. En effet, il est important de suivre l’évolution de son actif net dans la mesure où le besoin d’assurance peut dépendre de l’écart qui demeure entre les engagements financiers résiduels à notre décès et l’actif que nous léguerons. Ainsi, une personne dont le taux d’épargne est faible et dont son actif net progresse à un rythme lent devrait intuitivement avoir un besoin d’assurance plus élevé que celui de nature épargnante. Dans le cas du modèle présent à la fin de cet article, le couple fictif épargne suffisamment afin d’atteindre l’indépendance financière au bout de 16 ans, moment où le ratio dépenses / actifs atteint 4%. On remarque une baisse importante de ce ratio à la 11ème année en raison de la finalisation des paiements hypothécaires.

L’une des hypothèses fondamentales qui affectera son besoin en assurance sera la réduction du coût de vie amené par le décès d’un des membres du couple. Autant cette malheureuse perte entraîne une baisse des revenus du couple, autant cet effet est partiellement amenuisé par la baisse des besoins financiers qui s’en suivent. Je suis d’avis qu’il n’existe pas un % commun à tous et chacun sur comment pourrait diminuer ces coûts puisque cela dépendra entre autres de la pondération actuelle de nos dépenses dans chaque centre de coûts. Par exemple, il pourrait être raisonnable d’appliquer une baisse par catégorie, tel que présenté dans le tableau ci-dessous (pour un couple sans enfant):

Une seconde hypothèse importante qui affectera notre besoin d’assurance sera le rendement prévu sur notre actif net. Plus le rendement prévu est important, plus l’écart entre l’actif légué au moment de son décès et les engagements résiduels sera faible. De manière générale, j’assume un rendement anticipé de 4% à 6% (net d’impôt, incluant dividende) pour les projections financières que j’effectue.

Étape 2 – Établir le manque à gagner à chaque année d’ici l’indépendance financière

Il est intuitif de croire que mon besoin en assurance diminuera dans le temps à mesure que mon ratio dépenses / actif net décroît. Pour établir ce montant d’assurance requis, j’ai suivi la démarche suivante (notez que les chiffres présentés se retrouvent dans le modèle Excel à la fin de l’article) :

  1. J’analyse dans un premier temps le niveau d’actif qui serait requis dans 16 ans, l’âge d’indépendance financière visé, si une seule personne du couple était en vie plutôt que deux. Peu importe le moment du décès, ce montant anticipé devrait être constant.
    • Par exemple, dans l’optique où ces dépenses seraient de 33 000$, un montant de 830 000$ serait requis pour être indépendant financièrement si je prends l’hypothèse qu’on doive détenir 25 fois nos dépenses en actif.
  2. J’actualise au taux de rendement prévu sur mon actif net ce montant à l’année pour laquelle je tente de trouver mon besoin d’assurance.
    • Par exemple, si je tente de déterminer le montant d’actif requis immédiatement pour permettre d’avoir 830 000$ dans 16 ans, j’aurais besoin de 326 000$ en assumant un taux de rendement de 6%
  3. Je viens déduire la valeur présente des épargnes anticipées de mon épouse et la valeur de l’actif net au moment du décès. Bref, je tente de trouver la valeur actualisée du manque à gagner au moment du décès en considérant que mon épouse continuera à produire de l’épargne dans le futur.
    • Par exemple, en assumant que celle-ci épargnerait individuellement 8 400$ l’année prochaine et que ce montant croît à hauteur de 2.5% annuellement, la valeur actualisée de ses épargnes sur un horizon de 16 ans est d’approximativement 100 000$.
    • De plus, en assumant un actif net initial de 125 000$, on trouve un manque à gagner de 101 000$ (326 000$ – 100 000$ – 125 000$)
  4. Mon épouse et moi avons convenu qu’en cas de décès, la prestation d’assurance pourrait permettre de rembourser la dette résiduelle sur notre propriété. De plus, cette dernière nécessiterait un espace habitable plus petit qu’actuellement. Dans cette optique, j’ajoute dans mon besoin d’assurance le montant requis pour payer la dette résiduelle sur la propriété que cette dernière souhaiterait habiter.
    • Prenons comme exemple que notre propriété actuelle vaudrait 275 000$ (dont 75 000$ en équité). Si mon épouse souhaitait déménager suite à mon décès dans une plus petite résidence ayant une valeur de 20% moindre (220 000$), une dette de 145 000$ (220 000 – 75 000$) devrait être payée par l’assurance.
    • Dans cet exemple, le montant requis d’assurance serait de 246 000$ pour la prochaine année (145 000$ + 101 000$)

En suivant cette démarche, le graphique ci-dessous montre qu’en cas de décès dans la prochaine année le ratio dépenses / actif net diminuerait considérablement en raison de la prestation de décès reçue. Toutefois, dans la mesure où mon épouse épargnerait par la suite à un rythme moindre, le niveau souhaité de 4% est tout de même atteint à l’année 16.

En appliquant cette démarche pour chaque année d’ici l’indépendance financière, on voit à partir du graphique ci-dessous que mon besoin d’assurance initial diminue graduellement afin de disparaître au bout de 7 ans.

Pour expliquer cette baisse graduelle du besoin d’assurance, on remarque dans le graphique ci-dessous que l’écart entre l’actif net disponible au moment du décès par rapport à la valeur présente de l’actif requis pour atteindre l’indépendance financière à l’année 16 décroît au fil du temps. Dans l’éventualité où je décèderais dans 10 ans, l’actif légué à mon décès dépasserait même les besoins requis par mon épouse pour lui assurer d’atteindre l’indépendance financière au moment prévu.

Autres considérations

Le modèle présenté dans cet article fait abstraction de quelques variables qui ne s’appliquent pas à ma condition ou exclues de l’analyse pour fin de simplification. Voici un sommaire des principales variables ignorées.

Enfants
Le besoin en assurance a été évalué pour un couple sans enfant. On peut s’attendre à ce que ce besoin augmente par la valeur actualisée des dépenses additionnelles amenées par un enfant jusqu’à ce que ce dernier quitte le nid familial.

Autres dettes résiduelles
Le modèle assume que la prestation de décès permet de rembourser la balance hypothécaire. Pour des couples ayant d’autres types de dettes (ex : marge de crédit), un ajustement similaire pourrait être fait pour dériver le besoin en assurance.

Pénalités pour remboursements anticipés
Le modèle n’assume aucune pénalité pour remboursement anticipé du solde hypothécaire. Pour ceux souhaitant déterminer au $ près la prestation de décès requise, vous devriez introduire cette complexité additionnelle dans votre analyse.

Fiscalité au moment du décès
Le modèle ignore les impacts fiscaux sur le solde d’actif net au moment du décès. En effet, ce dernier assume que le solde de l’actif demeure constant. Pour une analyse plus précise, il serait nécessaire de décomposer l’actif par catégorie / type d’enregistrement et dériver l’impact fiscal applicable pour chacune de ces catégories au moment du décès. On peut s’attendre à ce que le besoin d’assurance augmente suite à ces considérations.

Coûts directement liés au décès
À la tristesse amenée par la perte d’un être cher sont généralement liés plusieurs coûts additionnels requis pour tout ce qui entoure la démarche funéraire. Ces coûts additionnels sont généralement de plusieurs milliers de dollars et pourraient être ajoutés au besoin d’assurance calculé.

Finalement, notez que ce modèle n’est qu’une façon parmi tant d’autre de déterminer son besoin en assurance. La philosophie présentée dans cet article est que l’assurance est déterminée de manière à ce que mon épouse puisse atteindre notre objectif commun d’indépendance financière malgré mon décès. Certains pourraient être en désaccord avec cette façon de voir les choses (pourquoi financer l’indépendance financière anticipée de cette dernière). Je ne leur en tiendrai pas rigueur car je crois que toutes les opinions se valent à ce niveau. Toutefois, je crois qu’au minimum un couple avec enfant doit avoir un montant d’assurance suffisant pour subvenir à leurs besoins financiers spécifiques.

Et vous, comment déterminez-vous votre besoin en assurance ?