Pourquoi mon taux d’épargne a augmenté de 9% durant le confinement ?

Comme j’en faisais part dans un article antérieur, je consacre généralement 15 minutes par mois afin d’agréger l’ensemble de mes dépenses effectuées. Cela se fait dans un outil maison que je me suis construit et qui me permet de monter différents axes d’analyse à ma guise. Bien que cet exercice soit moins excitant pour moi qu’il ne pouvait l’être auparavant (mon profil de consommateur étant stable), l’arrivée des mesures de confinement m’a toutefois donné l’occasion d’analyser comment chaque centre de coûts a évolué au cours des dernières semaines. Tout comme vous, mon anticipation était que certains coûts aient augmenté (épicerie !) alors que d’autres aient baissé (essence, sorties). Toutefois, je demeurais relativement aveugle sur l’ordre de grandeur de chacun de ces mouvements. J’ai donc profité de la fin avril afin de m’amener de la clarté sur comment mes dépenses ont évolué au cours des dernières semaines. Je crois que cette analyse est pertinente pour vous car je ne considère pas que les constats tirés sont propres uniquement à ma situation.

Afin de procéder à cette analyse, j’ai séparé mes dépenses au cours des derniers mois en deux volets : celles depuis la mise en place des mesures de confinement et celles des 4 mois précédents. J’ai évalué le coût moyen hebdomadaire sur chaque type de dépenses afin de comparer ces deux périodes. Cela donne à mon avis un échantillon suffisamment large afin de tirer des conclusions crédibles. Le tableau ci-dessous présente les principaux constats de cette analyse. Comme vous pourrez voir, j’ai décomposé les résultats de l’impact de chaque catégorie analysée sur 1) mon taux d’épargne et 2) la hausse/baisse en % de cette catégorie.

Catégorie 1. Habitation (Taux épargne +1.5%, Variation -5%)

Commençons par la catégorie la moins excitante dans cette analyse : l’habitation. Comme vous pouvez le constater dans les chiffres du tableau précédent, ce centre de coûts occupe une place prépondérante dans l’ensemble de mes dépenses. En effet, malgré la faible baisse notée durant la période de confinement (-5%), cela a tout de même eu un impact positif de 1.5% sur mon taux d’épargne. Je note que la majorité de cette baisse est de nature saisonnière plutôt que via les mesures de confinement en place. En effet, la majorité de mes dépenses dans cette catégorie sont récurrentes et relativement stables : hypothèque, taxes, électricité, etc. Malgré tout, la baisse de 5% notée est expliquée par une diminution de 55% de mes dépenses liées à l’entretien. Or, tout cela devrait s’équilibrer dans les prochaines semaines avec la venue du beau temps et les travaux du printemps qui débuteront. Je m’attends d’ailleurs à ce que les terrains de mes voisins soient « top-notch » cet été puisque les alternatives de loisir seront plus limitées qu’à l’habitude. Pression sociale quand tu me tiens !

Catégorie 2. Épicerie (Taux d’épargne -2.5%, Variation +50%)

Je suis certain que je ne suis pas un cas à part. Durant cette période de confinement, mon budget épicerie a explosé et ce, pour diverses raisons. Tout d’abord, en tant que consommateur une nouvelle variable s’est intégrée dans la solution que je dois optimiser. En effet, je ne vise non plus seulement de minimiser mes coûts tout en maximisant la qualité de mon alimentation, mais dorénavant la minimisation de mes sorties fait partie de l’équation. Cela m’amène à 1) moins planifier mes repas en fonction des rabais hebdomadaires (moins de rabais sont d’ailleurs offerts) et 2) m’en tenir à un seul magasin pour faire mon épicerie. Cela a pour conséquence de réduire plusieurs sources d’économie que j’avais identifiées dans un article antérieur portant sur ce sujet.

À moyen terme, je ne serais pas surpris à ce que le coût de mon panier d’épicerie continue à monter. En effet, plusieurs nouvelles font état de la pression mise sur les chaînes d’approvisionnement dont les abattoirs en raison de la propagation du virus dans ces établissements. Aux États-Unis, Trump a d’ailleurs imposé à ce que les abattoirs demeurent ouverts malgré les cas de Covid recensés puisque des manques en viande commençaient à être observés (source). Cette propagation a aussi été observée dans certaines usines locales. D’autres facteurs tels que la baisse du taux de change canadien, la hausse des coûts amenée par les mesures de sécurité à mettre en place dans l’ensemble de la chaîne de production et l’incertitude sur la capacité des pays à exporter au même rythme qu’actuellement pourraient tous contribuer à une hausse graduelle du prix de notre panier.

Catégorie 3. Transport (Taux d’épargne +3.1%, Variation -23%)

L’ensemble des épargnes dans cette catégorie peuvent se résumer à essentiellement une seule raison : la baisse de ma consommation d’essence. En effet, mes dépenses en consommation de carburant ont diminué de 85% depuis le début de la pandémie. De manière générale, approximativement 25% à 30% de mes coûts de transport sont liés à l’essence. La fermeture des déplacements entre plusieurs régions, le télétravail et simplement le fait qu’on sort moins sont tous des facteurs expliquant cette baisse drastique. Combinons à cela une baisse substantielle du prix du litre à la pompe amené par la baisse de la demande et cela procure des économies alléchantes au consommateur.

À moyen terme, j’anticipe conserver des économies importante dans cette catégorie et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, rouler moins équivaut à représenter un moins gros risque sur la route. Ainsi, dès le mois prochain je verrai ma prime d’assurance automobile diminuer de 20%. Deuxièmement, je m’attends à ce que le télétravail demeure dans les mœurs à la sortie de cette crise, ce qui contribuera à réduire le nombre de kilomètres roulés et donc les coûts d’essence. Bien que ce ne soit pas mon intention de continuer à travailler de mon sous-sol à temps plein, je vois tout de même plusieurs avantages amenés par ce mode de travail, dont le temps additionnel à ma disposition et mon efficacité accrue sur certains mandats spécifiques. Cela m’amène d’ailleurs à me remettre en question sur mon besoin de détenir un second véhicule alors que mon épouse et moi commencions à envisager d’aller de l’avant vers cet achat (qui me faisait mal au cœur). Finalement, je ne crois pas que ce soit demain la veille que les coûts d’essence reprennent du poil de la bête, à moins que les inventaires se vident et que les pays producteurs s’entendent pour une coupe de la production. Bref, de belles économies en vue dans les prochains mois.

Catégorie 4. Divertissement & personnel (Taux d’épargne +6.9%, Variation -65%)

J’ai regroupé dans cette catégorie un paquet d’éléments qui sont essentiellement reliés à des dépenses discrétionnaires. Commençons d’abord par le volet restaurant. Bien que les livraisons et les take-out demeurent possibles, je dois avouer que j’ai plutôt vu cette période comme une opportunité d’améliorer mes talents culinaires relativement limités plutôt que commander du « comfort food ». À cet égard, mes dépenses en restauration ont baissé de 90% depuis les mesures de confinement. Je dois avouer être déchiré à moyen terme sur la situation par rapport au milieu de la restauration. On peut s’attendre à voir plusieurs enseignes fermer définitivement en raison de la baisse drastique de leurs revenus. À cet égard, couper tout budget restauration de mes dépenses ne ferait que contribuer à amplifier le problème à venir. L’intérêt personnel (diminuer les dépenses, amenuiser tout risque) va à l’encontre de l’intérêt collectif (supporter l’économie locale). Il faut naviguer et trouver un point d’équilibre dans toute cette situation.

Dans un deuxième temps, mes dépenses personnelles de toute sorte (électronique, vêtements) ont aussi de leur côté drastiquement diminué. Bien que plusieurs se soient tournés vers le Web pour effectuer leurs achats pendant la fermeture des commerces, j’ai plutôt décidé de différer ces achats à un moment ultérieur. Du point de vue de mes achats dans l’électronique, une baisse de 50% a été notée. De manière générale, cette catégorie se limite à quelques achats d’envergure durant l’année. J’avoue être de la vieille école et j’aime aller « manipuler » les objets que j’achèterai. La fermeture des commerces m’a ainsi amené à différer certains achats que j’aurais pu faire. À cet égard, ces sources d’économie sont à mon avis temporaires. Au niveau des vêtements, je vous dirais que c’est similaire. La baisse de 100% de mes achats sont principalement explicables par le fait que rester chez-moi m’amène à augmenter la fréquence à laquelle je suis en mou. Mes vieilles paires de culotte coton ouatté ainsi que mes « hoodies » ont fait amplement le travail au cours des derniers froids de l’hiver alors que j’étais enfermé à la maison.

Autres considérations

Parmi les éléments non considérés dans l’analyse, je note mon budget vacances qui a essentiellement fondu comme neige au soleil pour cette année, alors que ce dernier a généralement une incidence de 8% à 10% sur mon taux d’épargne. Tout comme la restauration, le tourisme sera un secteur fortement touché au cours des prochains mois. D’ailleurs, je lisais que les ventes de piscine étaient en forte hausse dernièrement puisque plusieurs anticipent passer leurs vacances sur leur patio.

Au bout de tout cela, d’un point de vue personnel les dernières semaines ont eu un impact positif sur mon taux d’épargne. Toutefois, ce dernier se fait au détriment de 1) une baisse de liberté et de choix et 2) une baisse dans mes loisirs. Je m’attends à ce que les constats faits dans cet article soient similaires pour la majorité d’entre vous. Je ne vois pas cette situation de manière positive (mon objectif n’étant pas de maximiser mon taux d’épargne) et j’ai hâte de voir les impacts à moyen terme dans l’économie amenés par les mesures de déconfinement graduelles. Comme j’en ai fait part, il sera difficile de trouver ce juste équilibre où les gens recommenceront à consommer pour stimuler un retour à la normale de l’économie, tout en sachant que cela pourrait les amener à s’exposer au virus.

De votre côté, comment vos dépenses ont évolué durant la période de confinement ?