Ni Hao ! Comment notre rapport à l’argent se compare-t-il à celui des chinois ?

Au moment d’écrire ces lignes, je reviens d’un séjour de près d’un mois en Chine. Disons que je n’étais pas malheureux de quitter l’arrivée des grands froids québécois pour aller profiter de journées à plus de 20 degrés à l’extérieur ! Mon épouse étant d’origine chinoise, j’en suis à mon troisième voyage au pays de la route de la soie. Ces expériences m’ont permis de tirer plusieurs constats non seulement par rapport à cette culture de plusieurs millénaires encore méconnue au Québec, mais au lien qu’ont les chinois avec l’argent. Je tenterai dans cet article de vous présenter le plus fidèlement possible mes observations.

Comme vous le savez certainement, le contexte économique et social entre nos deux nations est très différent. Alors que le Canada et le Québec comptent approximativement 37 millions et 8.5 millions d’habitants respectivement, la Chine présente quant à elle une gigantesque population de 1.4 milliards de personnes issues de 56 ethnies, dont la majorité se nomme les Hans. À cet égard, la population du Québec représente donc un peu plus du quart de celle Chongqing, ville dont venez probablement d’apprendre l’existence (30.5 millions d’habitants). Alors que de ce côté de l’océan, nous avons vécu une grande période de prospérité économique depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la Chine a quant à elle subi l’invasion japonaise à cette période et la guerre civile qui a mené à la formation de la république populaire de Chine en 1949. Le marché chinois a longtemps été refermé sur lui-même, entraînant son lot de pauvreté et de famine afin de finalement s’ouvrir sous Deng Xiaoping, ce qui a amené une croissance économique importante depuis les années 1990 afin de rattraper le retard sur l’Occident à ce niveau. Cette histoire plus mouvementée peut certainement expliquer certaines observations faites dans la suite de cet article.

Observation 1. Forte culture entrepreneuriale

Lorsque la population d’un pays avoisine les 1.4 milliards d’habitants, on peut dire que les occasions d’affaires sont pratiquement illimitées en raison du bassin de consommateurs énorme à notre portée. La moindre idée peut se transformer en occasion en or incroyable si elle est bien exploitée. Bien qu’il existe d’énormes entreprises chinoises (ex : domaine de la technologie, du transport, etc.), il en demeure que le principal de l’activité économique locale est propulsé par des petites entreprises; que ce soit dans la restauration, les services, le tourisme, etc. Cette forte culture entrepreneuriale est à mon avis aussi intimement liée à la volonté des chinois de ne pas dépendre d’autrui afin de sécuriser leur avenir financier. Une population aussi large amène à devoir s’imposer encore davantage pour faire sa place, ce qui peut expliquer à mon avis cette propension vers l’entrepreneuriat. Lors de mon premier passage en 2014, cette culture entrepreneuriale m’avait particulièrement marqué. Plusieurs connaissances et amis de mon épouse s’étaient à ce moment renseignés sur les produits canadiens qui avaient meilleure réputation qu’en Chine (ex : lait en poudre, eau, etc.) ou pour lesquels le marché actuel était pratiquement inexistant (ex : sirop d’érable) afin de bâtir des occasions d’affaires. L’aspect « business » semblait systématiquement mis de l’avant, malgré que ce soit la première fois que je rencontrais ces gens.

Observation 2. Plus grande ouverture par rapport à l’argent

On ne se le cachera pas, malgré l’émergence au cours des dernières années de blogues comme celui-ci et de contenu médiatique traitant de finance personnelle et d’économie, l’argent demeure un sujet tabou à nos yeux. Moi-même qui me considère relativement ouvert sur ce sujet, je vise à ne pas partager directement d’informations sensibles telles que salaire, actif net, niveau d’endettement, etc. Pour ceux qui connaissent du succès financier, étaler leurs réussites peut être généralement mal vu par autrui. Mes voyages en Chine m’ont toutefois permis de constater une autre vision par rapport à ce sujet. Salaire personnel, taux d’épargne, bons coups financiers font partie de sujets parmi tant d’autres auxquels j’ai eu l’occasion d’en apprendre davantage et ce, malgré que je n’aie aucunement sollicité ce genre de conversations. De ce que j’ai pu en voir, les compagnies produisant des articles de luxe ont clairement ciblé la Chine comme un vecteur de leur croissance. Ce rapport plus ouvert par rapport à l’argent permet aussi à ceux qui réussissent financièrement à montrer et discuter plus ouvertement leurs succès.

Observation 3. Clash générationnel entre les jeunes et les plus vieux sur leur rapport face à l’argent

Évidemment, chaque nation vit à certains niveaux un clash intergénérationnel. Ce que j’ai remarqué à cet égard en Chine, c’est principalement le rapport à l’argent qui est fortement différent entre les plus jeunes et les plus vieux. Alors que les personnes âgées ont vécu pour la majorité les périodes de famine et de pauvreté vers les années 1960, les plus jeunes sont nés durant une période de croissance économique où le PIB moyen s’accroissait de l’ordre de 8% à 10% annuellement. Résultat ? Ces derniers ont accès à un marché de consommation dont leurs aînés n’auraient pu que rêver durant leur jeunesse. Cela amène les personnes âgées à être très frugales et peu portées vers l’achat de biens alors que les plus jeunes sont beaucoup plus portées vers la consommation. Il en demeure que le taux d’épargne moyen en Chine s’établirait aux alentours de 36% (cela semble la norme dans plusieurs pays asiatiques). Je suspecte beaucoup de variabilité dans ce ratio selon la catégorie d’âge et le rapport face à la consommation. À titre comparatif, au Canada le taux d’épargne moyen se situerait aux environs de 3%. Bref, beaucoup moins de place à avoir de grands écarts intergénérationnels face à l’épargne.

Observation 4. Un plus faible recours à la dette

On entend souvent dire que le ratio d’endettement des ménages canadiens représente un risque pour l’économie en raison de son niveau historiquement élevé. Ce ratio serait actuellement d’environ 176% du revenu disponible, où près de 30% du marché de la dette est du crédit à la consommation. Cette dette des ménages canadiens représente 102% du PIB canadien. À titre comparatif, ce métrique n’est que de 55% en Chine, quoi qu’il augmente de manière systématique. Alors que le carte de crédit tient une place importante dans notre société de consommation, en Chine le mode de paiement qui prime est l’application WeChatPay, qui par défaut est lié à notre compte bancaire. Les chinois ont ainsi moins tendance à recourir au crédit pour leurs achats.

Dans un deuxième temps, les parents jouent un rôle plus important afin de fournir une mise de fonds à l’achat d’un actif immobilier à leurs enfants suite à leur mariage, ce qui pourrait contribuer à diminuer le fardeau de la dette envers les plus jeunes générations. En effet, en Chine location d’appartement et mariage ne vont généralement pas de pair. L’achat d’une propriété démontre le sérieux qu’on met dans notre relation afin de fournir sécurité à notre partenaire de vie. En ce sens, les parents jouent un rôle non-négligeable vers l’atteinte de cet objectif.

Au-delà de ces observations portant sur le rapport à l’argent, ce qui me fascine le plus de ce pays demeure la diversité qui y est présente : que ce soit au niveau de l’aspect culinaire, des paysages variés, de la richesse historique ou des infrastructures qui se bâtissent à un rythme effréné. Ceux qui oseront s’y aventurer sortiront clairement de leur zone de confort, mais pourront découvrir des gens qui, comme vous et moi, vivent leur part de défis quotidiens et qui tentent seulement d’optimiser leur niveau de bonheur et leur sécurité financière en fonction de leur propre contexte socioéconomique.

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