Le market timing en bourse, est-ce que ça marche ?

Je vous ai présenté dans un article récent un résumé de ma stratégie de placement qui, j’en conviens, est relativement ennuyeuse d’application. En effet, quoi de plus plate que de placer de manière passive des cotisations récurrentes ? Bien que je convienne qu’une stratégie active faisant appel market-timing serait beaucoup plus excitante, j’ai évité jusqu’à maintenant de m’aventurer dans ce style de stratégie. Devrais-je m’y mettre ?

Je résumerai dans ce texte les résultats d’un papier de recherche que j’ai récemment lu («Market Timing : Sin a Little. Resolving the Valuation Timing Puzzle»). Ce papier vise à quantifier si une approche de placement où un investisseur revoit sa proportion en action selon les conditions de marché surperforme à long terme une stratégie de placement de type «Buy and Hold». La stratégie active testée est une approche «Contrarian» où un investisseur tend à diminuer sa proportion en action lorsque le ratio courant Cours/Bénifices de l’indice (ratio CAPE) est supérieur à la médiane historique. Au contraire, lorsque ce ratio est inférieur à la moyenne, la stratégie augmentera la proportion en action afin de tenter de bénéficier de la hausse future. Bref, on tente de sur/sous-pondérer notre exposition en équité lorsque les marchés seraient sous/surévalués, ce qui est aligné avec le fameux dicton de Warren Buffet: « Be fearful when others are greedy and be greedy when others are fearful »

Des données prometteuses

D’entrée de jeu, on mentionne comme quoi il semble exister une corrélation entre le rendement de l’indice S&P500 et le ratio CAPE, ce qui pourrait nous laisser croire qu’on pourrait créer du alpha en tentant de timer le marché. Comme le graphique ci-dessous l’indique, le rendement futur du S&P500 semble surperformer davantage lorsque le ratio CAPE est faible.

La stratégie mise de l’avant par les auteurs est d’avoir une pondération en actions pouvant varier entre 50% et 150% (i.e. on emprunte pour placer davantage) de notre portefeuille basé sur le ratio CAPE courant vs le ratio CAPE médian historique. Bref, le ratio CAPE donne un signal de timing sur la pondération d’actions à détenir.

Des résultats non concluants

Lorsqu’on applique cette stratégie de manière ex post sur un horizon de 1900-2015, une stratégie de market timing donne un rendement excédentaire annuel moyen de 0.8%. Toutefois, sur un horizon plus court (1958-2015), ce rendement excédentaire est plutôt de -0.1%. Bref, au cours des 6 dernières décennies un investisseur ayant tenté de timer le marché en modifiant ses pondérations en actions selon un signal de ratio Cours/Bénéfices n’aurait pas été en mesure de générer du rendement excédentaire.

Deux raisons sont mises de l’avant par les auteurs de l’étude pour expliquer ce résultat. Tout d’abord, les ratios CAPE ont eu une tendance vers la hausse au cours des dernières décennies, ce qui aurait amené les investisseurs à systématiquement croire que les marchés sont surévalués par rapport à leur historique, réduisant ainsi leur proportion en équité et passant à côté d’une prime de risque d’équité. On le remarque d’ailleurs dans le tableau précédent, où le signal de timing indique qu’il serait préférable de détenir moins que 100% en équité depuis 1990. Dans un deuxième temps, il existe un effet de momentum pour lequel les investisseurs tentant de timer le marché pourraient se priver. En effet, même si les marchés semblent à des niveaux élevés, cela n’empêche pas qu’ils puissent être sur un momentum à la hausse qui amènera du rendement additionnel à court terme. Bref, l’investisseur réduisant ses pondérations en fonction de ratios CAPE élevés se priverait de cet effet de momentum.

Une stratégie avec un potentiel intéressant

Une stratégie de placement intéressante mise de l’avant par les auteurs est de tenter de combiner le timing de marché à l’effet de momentum courant. Bref, on établit les pondérations en actions non pas uniquement en fonction du ratio CAPE mais en fonction du rendement moyen des 12 derniers mois de l’indice. Dans une situation où les marchés ont des ratios Cours/Bénéfices élevés et où les marchés ont une tendance à la hausse, cette stratégie combinée (nommée VM timing dans le graphique ci-dessous) amènerait l’investisseur à conserver une plus grande part de son exposition en équité pour tenter de continuer à profiter de cette tendance à la hausse. Dans la mesure où le momentum s’estomperait, on reviendrait à établir les pondérations en équité de la même façon que la stratégie de timing mentionnée précédemment. On voit que cette approche donne des résultats légèrement plus intéressants.

Sur un horizon « récent » (1958-2015), cette stratégie aurait offert un rendement excédentaire de 0.2% plus élevé qu’une approche passive pour un niveau de volatilité moindre de rendement. Bref, elle serait avantageuse à une approche plus passive tel que j’utilise mais ce n’est pas si extraordinaire non plus.

Le jeu en vaut-il la chandelle ?

J’ai toutefois de gros doutes comme quoi l’investisseur moyen se bâtisse chez lui des stratégies de momentum et de market timing basé sur des données historiques, tel que soulevé dans cet article. Au contraire, je suppose que ce dernier y aille davantage au « feeling » de l’onérosité courante des marchés (ex : est-on à un sommet ou un creux YTD, quel est le moving average sur une période X des marchés). La raison pourquoi je n’ai jamais osé aller de l’avant dans de telles stratégies est que lorsqu’on s’aventure dans l’analyse technique, on commence à se battre contre des algorithmes qui peuvent 1) analyser un éventail de données en temps réel plus large que nous et 2) peuvent évaluer de manière simultanée plusieurs stratégies et choisir celle qui augmente la probabilité de succès selon les conditions courantes alors que nous analysons généralement beaucoup moins de stratégies. Bref, si on a trouvé la recette, probablement que la machine l’a elle aussi déjà trouvé et est déjà en train de l’appliquer, ce qui devrait théoriquement équilibrer les marchés.

En conclusion

Il n’existe pas une seule façon de s’enrichir en bourse. Bien qu’ils soient rares, il y a des Warren Buffet de ce monde qui sont en mesure d’identifier les entreprises sous-évaluées et qui de plus, prennent de la valeur rapidement. Cette approche se base sur l’identification de titres sous-évalués et est le pilier de l’œuvre de Benjamin Graham, économiste réputé. Personnellement, je prône une approche basée sur la discipline et la patience. Par la diversification, je suis en mesure d’amenuiser le risque de mon portefeuille tout en tentant de profiter de la tendance à la hausse à long terme des marchés. Oui, c’est une stratégie qui est plate et qui m’amène à passer à côté d’opportunités. Toutefois, cela m’amène aussi à passer à côté de situations qui semblent des opportunités qui n’en sont pas. Comme dit le dicton : « Dont try to catch a falling knife ».

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