L’après-Covid, êtes-vous prêt à rembourser le déficit monstre qui nous attend ?

Le gouvernement Trudeau a dernièrement dévoilé l’estimation du déficit fédéral découlant de la panoplie de mesures mises en place afin de pallier les impacts économiques défavorables du confinement. Pour l’instant, ce déficit est estimé à plus de 340 milliards et il pourrait être appelé à augmenter davantage selon l’évolution de la pandémie au cours des prochains mois ainsi que la vitesse de la reprise économique. Loin de moi l’idée de me faire prophète de malheur, mais il est évident qu’au cours des prochaines années des mesures devront être mises en place pour ramener la situation à l’ordre au niveau des finances publiques. En tout et pour tout, notre ratio de dette fédérale est passé de 31% du PIB à 49% depuis le début de l’année. L’objectif de cet article est d’aborder quelques méthodes qui pourraient être mises en place par le gouvernement afin de rembourser ce juteux déficit et classer par magnitude celles qui pourraient avoir le plus d’impact sur mon parcours vers l’indépendance financière.

D’entrée de jeu, plusieurs économistes ont déjà mentionné comme quoi il ne faudrait pas s’attendre à des impacts fiscaux d’ici les 2 à 3 prochaines années. En effet, le temps est plutôt propice à mettre en place les conditions gagnantes pour la relance de l’économie plutôt que le remboursement du déficit. Une fois cette relance faite, attendez-vous toutefois à ce qu’on commence collectivement à devoir payer pour les diverses aides gouvernementales faites au cours des derniers mois. Plusieurs options sont offertes au gouvernement afin d’aller soit 1) chercher des revenus additionnels ou 2) réduire ses dépenses. Ces mesures pourraient évidemment soient être temporaires ou permanentes. Sans plus tarder, voici une brève analyse en ordre croissant d’impact personnel que cela m’amènerait. Évidemment, ces impacts pourraient être différents pour vous selon votre statut (salarié, travailleur autonome, patron d’entreprise), votre profil de consommateur et d’investisseur.

Mesure #1 – S’attaquer aux paradis fiscaux

Il est estimé que le gouvernement fédéral perd plus de 3 milliards par année en raison de stratagèmes fiscaux mis en place par de grandes fortunes. Bien que s’attaquer à cet élément ne règlerait pas entièrement le déficit astronomique que nous aurons, il permettra du moins de réduire une perte sèche des revenus fiscaux reçus. D’un point de vue personnel, cela serait évidemment une mesure permettant d’équilibrer l’effort fiscal des plus riches dont je ne serais aucunement impacté.

Mesure #2 – Revue de la fiscalité des petites et moyennes entreprises

Je dois avouer que je m’y connais peu sur la fiscalité d’entreprises. Toutefois, je sais pertinemment que les propriétaires d’entreprises ont à leur disposition des leviers que les salariés n’ont pas afin de « jouer » sur le revenu imposable et ainsi, l’impôt qu’ils devront payer. Dans l’éventualité où certaines de ces « règles » ne venaient qu’à être modifiées, je m’attends à peu d’impact de mon côté. Tout d’abord, je ne participe pas à la profitabilité de ces entreprise (ex : via des actions). Dans un deuxième temps, bien qu’il puisse y avoir des impacts collatéraux dans l’économie en général (ex : emploi, consommation), j’anticipe peu d’incidence d’un point de vue personnel sur mes revenus et ma capacité de consommation.

Mesure #3 – Hausse des impôts des grandes entreprises

Contrairement aux PME, mes placements en bourse m’amènent à participer dans la profitabilité des grandes entreprises ayant accès au capital-actions. Comme on a pu le voir aux États-Unis depuis l’arrivée de Trump, la mise en place d’impôt avantageux pour ces entreprises s’en fait ressentir en dopant le prix des actions et ainsi, le rendement que j’obtiens dans mon portefeuille. L’inverse est toutefois possible. Il en demeure qu’à mon âge, l’impact immédiat d’une hausse d’impôts sur la valeur actualisée des profits serait moindre que si ce phénomène se produisait d’ici quelques décennies, alors que mon niveau d’actif sera beaucoup plus élevé. Bref, je m’attendrais à un soubresaut temporaire dans mon parcours vers l’indépendance financière.

Mesure #4 – Hausse de la TPS

Vous ne le saviez peut-être pas, mais la TPS fête cette année ses 30 ans (bon anniversaire). Initialement de 7%, cette dernière avait été abaissée deux fois par le gouvernement conservateur Harper en 2006 et 2008 afin d’atteindre 5%. Dans l’éventualité où le gouvernement ne voudrait pas avoir de mesures ciblées pour faire payer le déficit, une augmentation de cette taxe pourrait donc être de mise, ce qui signifierait une baisse généralisée de la capacité de consommation de la population. Au besoin, un retour de taxes pourrait évidemment être fait pour les moins nantis. Bien que cette mesure aurait des incidences défavorables sur mes finances personnelles, il en demeure que je pourrais au besoin moduler ma consommation pour en limiter les impacts. Bref, j’ai un certain contrôle sur le niveau  de taxes que je paye et au besoin, je pourrais obtenir un niveau d’épargne similaire à ce que j’ai actuellement via quelques achats moins « coup de tête » au cours de l’année. De plus, je préfèrerais une mesure généralisée plutôt qu’une mesure défavorable envers une tranche de la population dont je ferais parti.

Mesure #5 – Hausse des impôts des particuliers

Comme j’en faisais part à la mesure #2, en tant que salarié nous avons peu / pas de contrôle sur le niveau d’impôt que nous payons. En effet, les fourchettes salariales et les taux d’imposition applicables sont claires ; il n’y pas de moyen de moduler nos revenus et dépenses pour tenter d’optimiser cette situation lorsque notre salaire est connu. Je ne vous cacherai pas que mon taux d’imposition est à ce moment déjà élevé et que majoritairement, je suis la clientèle ciblée en période électorale afin d’augmenter mon impôt pour que la majorité puisse conserver le statut quo. Dans l’éventualité où les taux d’imposition des particuliers ne venaient qu’à augmenter, je serai donc forcément dans la « clientèle » visée pour rembourser le déficit. Contrairement à la TPS où le fardeau du remboursement est étalé sur l’ensemble des consommateurs, cette mesure amènerait un effort additionnel à une tranche ciblée de la population dont je fais partie.

Mesure #6 – Hausse de l’impôt sur le gain en capital et revue des véhicules fiscaux

Bien qu’à court terme, une hausse de l’impôt sur le revenu serait plus désavantageuse que cette mesure, il en demeure qu’à long terme je m’attends à ce que l’impôt sur les gains en capital ait une incidence plus défavorable. En effet, selon mes prévisions d’ici quelques années je devrai considérer épargner principalement dans des véhicules de placement non enregistrés si je souhaite continuer à investir en bourse. Lors de ma retraite, près de 20% de mes actifs sont prévus être dans ces véhicules. Dans l’éventualité où une mesure permanente d’hausse du gain en capital soit mise en place, les impacts seraient considérables à ce moment.

Sous un autre ordre d’idée, bien que je ne m’attende pas à des mesures de ce genre à court terme, rien ne garantit que les véhicules de placement actuels soient présents ad vitam aeternam. Par exemple, le CELI est un véhicule qui existe depuis à peine 10 ans. Lors de son entrée en fonction, le gouvernement Trudeau est venu sabrer la contribution pouvant être faite (était de 10 000$ à ce moment). Malgré tout, avec un rendement annuel de 6% et une contribution annuelle maximale, mon épouse et moi pourrions espérer avoir près de 2M$ non imposable dans ce véhicule à mes 65 ans. Une réduction additionnelle de la contribution dans ce véhicule ou la mise en place d’une alternative moins avantageuse pourrait avoir des impacts majeurs sur ma planification financière et sur l’impôt que j’aurai à payer lors de mes vieux jours.

Mesure #7 – Mise en place de l’impôt sur l’actif net

Bien que je patauge dans des scénarios fantaisistes, il en demeure que la magnitude d’un tel scénario serait dévastatrice d’un point de vue personnel. En effet, un tel impôt reviendrait à céder une part de mon actif annuellement au gouvernement. De manière similaire à la mesure #6, elle s’en ferait ressentir principalement à long terme. Malgré tout, je demeure d’avis que ce genre de mesure peut difficilement être mise en place (comment contrôler et évaluer adéquatement la valeur marchande de l’actif net de chaque citoyen ?). Dans l’éventualité d’un tel scénario, il est évident que j’irais « céder » mon actif net à mes descendants de mon vivant pour étaler cet avoir entre les différents membres de ma famille et minimiser cet impôt. D’une manière ou d’une autre, cet avoir sera transféré à mon décès.

Évidemment, cet article ne fait qu’effleurer certaines des mesures possibles par le gouvernement. Toutefois, je souhaitais mettre de l’avant comme quoi nous faisons tous face à un risque règlementaire qui peut nous amener à revoir notre plan de match en cours de route.

De votre côté, avez-vous un classement différent du mien ?

4 avis sur « L’après-Covid, êtes-vous prêt à rembourser le déficit monstre qui nous attend ? »

  1. Étant donné que le monde entier est touché (par la dette et le covid), une annulation pure et simple d’une partie de certaine dette ne te paraît pas plausible?

    • Je crois qu’un scénario plus plausible serait que les gouvernements laissent ces soldes de dette impayés et que les ratios de dette en fonction du PIB courants deviennent la nouvelle norme. Une annulation de la dette reviendrait à un défaut de paiement, ce qui coûterait beaucoup plus cher dans le futur aux gouvernements afin d’émettre des obligations et se financer puisque la confiance des marchés en pâtirait (ces dernières étant essentiellement vues comme sans risque, le coût d’emprunt est faible). Bien que la banque centrale ait en large partie financée l’émission de dette au cours des derniers mois, il est prévu que cette dernière revende à moyen terme ces obligations sur le marché. De manière générale cette dette est largement achetée par de grandes institutions (fonds de retraites, compagnies d’assurance, etc.) qui ont un besoin de placer des liquidités. Annuler une partie de cette dette reviendrait à radier des actifs de ces institutions, ce qui ne serait pas souhaitable.

      Au plaisir !

  2. Belle réflexion!

    Aucune de ces options n’est sexy. Et, je pense que le gouvernement actuel fera tout en son possible pour pelleter le problème vers l’avant.

    Je pense que les entreprises sont intouchables pour de nombreuses années. Il serait contre-productif d’augmenter leur pression fiscale alors qu’on vient d’injecter des tonnes de stimulus pour les sauver.

    Même chose pour les contribuables. Toute forme d’austérité ou d’augmentation de taxes serait un suicide électoral.

    De toute façon, le budget était largement déficitaire avant même la crise. Même au meilleur de l’économie, tout le monde se balancait bien des dettes.

    Je pense qu’on va trainer ce boulet très longtemps.

    Au plaisir de te lire!

    • En effet, je n’ai pas abordé la possibilité que le gouvernement décide simplement de laisser traîner la dette courante. Cela pourrait faire du sens dans l’environnement de taux d’intérêt actuel. Comme tu le mentionnes, il est difficile d’imaginer qu’un parti politique fasse sa campagne en promettant une hausse des charges fiscales afin de réduire la date en fonction du PIB et que ce dernier se fasse élire en ce sens sur cette promesse.

      Sachant que le Canada était en position enviable par rapport aux autres économies développées avant la venue de la Covid-19, malgré la hausse importante de la dette nous ne sommes pas outlier par rapport à nos pairs. La conséquence potentielle que je vois de cette situation en que le gouvernement pourrait décider d’émettre des obligations à plus long terme que ce qui est actuellement disponible afin de cristalliser la charge d’intérêt annuelle à payer sur sa dette et profiter des faibles taux d’intérêt en vigueur (déjà présents depuis un bon moment). À suivre !

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *