Établissement de votre portefeuille de placement long terme : 7 questions à vous poser

Dans le fabuleux monde du placement à la bourse, il existe autant de théories sur comment faire un rendement excédentaire à celui du marché qu’il y a d’investisseurs. Que ce soit l’analyse technique vs fondamentale, la sélection de titres spécifiques ou le choix d’indices, une stratégie active de façon à « timer » le marché ou une approche plus passive, il peut être complexe pour un non-initié de se retrouver dans la littérature financière. Bien qu’il existe beaucoup d’outils pour aider les petits investisseurs que nous sommes à placer nos avoirs de manière à assurer un alignement avec notre profil tout en minimisant les frais (ex : répartition provenant de sites tels que Couch Potato, robot-conseillers, etc.), je présente dans cet article 7 questions que je me suis demandé pour construire mon portefeuille de placement.

Ceux qui ont lu mon article Sélection d’actions individuelles ou FNB ? sauront déjà que je suis plus porté à placer mes épargnes dans des FNB que des titres individuels. En effet, au plus 5% de mon portefeuille consiste en du « play money » que j’investis dans 1 ou 2 entreprises afin de satisfaire mon côté plus « gambler ». Pour le 95% résiduel, j’ai eu à me bâtir une stratégie de placement afin de déterminer les catégories d’actifs qui étaient alignées avec mon profil. Pour ce faire, voici l’arbre décisionnel suivi au moment de l’établissement de ces allocations cibles. J’aborderai plus en détail chaque question par la suite.

Q1. Quelle est la pondération visée en actions vs revenus fixes ?

Tout questionnaire d’évaluation du profil d’un investisseur tente de déterminer dans un premier temps cette pondération. De manière générale, les actions sont vues comme plus risquées mais on s’attend en contrepartie à un rendement long terme plus important. D’un autre côté, les actifs à revenus fixes (principalement obligations) sont davantage exposés à des variations de taux d’intérêt. Si vous faites comme moi et investissez dans des FNB de type obligataires, la valeur de ces fonds obligataires aura tendance à diminuer lorsque les taux d’intérêt monteront. En compensation, les « coupons » versés se verront toutefois augmenter.

À titre informatif, le tableau ci-dessous présente la relation risque-rendement pour un portefeuille à diverses pondérations en actions vs obligations américaines (données déterminées en 2011). Tel qu’attendu, le rendement moyen et l’écart-type de ces rendements auront tendance à diminuer à mesure que la pondération en obligation croît. Notons que le ratio rendement moyen / écart-type (mesure risque-rendement) aura tendance à être le plus élevé pour une pondération de 20% à 40% en actions.

Il existe toutes sortes de formules pour dériver le pourcentage cible en actions vs revenus fixes. Comme vous le savez, il est conseillé de diminuer notre pondération en actions à mesure que notre horizon de placement se rétrécit. La règle d’une pondération équivalente à 100 – âge a longtemps circulé. Avec l’augmentation de l’horizon de placement amené par la hausse de l’espérance de vie, certains appellent à utiliser plutôt une formule de 120 – âge. Bien que je ne prône systématiquement aucune de ces règles, j’ai pris comme décision d’investir 90% de mon portefeuille en actions, la raison étant que j’ai déjà un régime de retraite d’un employeur qui me garantit une certaine sécurité et pour lequel je peux prendre davantage de risques avec mes autres placements.

Q2. Quelle est l’exposition que je souhaite avoir par pays / géographie (actions) ?

Les concepts fondamentaux de la construction d’un portefeuille appellent à diversifier notre pondération en actions via les divers économies mondiales. Comme en faisait part Markowitz (prix Nobel en économie 1990), l’un des « free lunch » qui demeure sur le plan financier est le potentiel de réduction de risque amené dans un portefeuille via cette corrélation imparfaite entre les classes d’actifs. C’est-à-dire, il est possible de construire un portefeuille ayant un rendement prévu équivalent pour un risque moindre à celui d’un autre portefeuille lorsqu’on choisit adéquatement une pondération d’actifs variés.

L’un des éléments que je reproche aux stratégies de placement FNB proposées sur certains sites tels que Couch Potato est que la pondération en actions canadiennes est généralement trop élevée par rapport au poids relatif de cette économie. Par exemple, le tableau ci-dessous montre une pondération d’un tiers de notre répartition en actions dans le TSX. Or, cette stratégie amène l’investisseur à s’exposer de façon importante à l’indice canadien, alors que cette dernière ne représente qu’une fraction de l’économie mondiale. Suivre cette stratégie revient donc à investir de façon plus importante dans les secteurs des ressources et bancaires canadiens et sous-pondérer certains secteurs tels que les technologies, davantage disponible via les autres géographies.

Q3. Par pays, quelle est l’exposition visée en indice boursier vs classe spécifique ?

Lorsqu’on connaît notre répartition souhaitée par géographie, la prochaine question que l’on doit se demander est à savoir si l’on souhaite placer, pour chaque géographie, notre avoir dans des indices tels que le TSX ou le S&P500 ou si nous souhaitons plutôt surpondérer nos épargnes vers des secteurs ou stratégies de placement spécifiques. De manière générale, les FNB offrant les plus petits frais de gestion sont ceux qui reproduisent les indices boursiers. Ainsi, un investisseur souhaitant minimiser ses coûts pourrait préférer cette option. Pour ma part, tout ce qui est hors Canada et États-Unis est placé uniquement dans des FNB reproduisant les indices boursiers.

Q4. Quelles classes spécifiques ont le meilleur potentiel risque-rendement à long terme ?

C’est une chose décider de consacrer une portion de son portefeuille vers des classes spécifiques d’actifs, il est toutefois plus complexe de dériver quelles classes choisir. Parmi les exemples de classes spécifiques, notons :

Investir dans des classes spécifiques est intéressant dans la mesure où c’est la portion de mon portefeuille qui est davantage discrétionnaire. Généralement, bien que je privilégie certaines classes en particuliers (dividendes, small-cap), je me garde une marge de manœuvre si jamais je souhaite surpondérer dans des secteurs spécifiques selon les conditions de marché. Par exemple :

  • Y a-t-il un secteur ayant fortement baissé dernièrement sans fondamental long terme (pensons au secteur des technologies fin 2018)
  • Le cycle boursier devrait-il m’amener à être plus prudent ou agressif ?

Comme vous pouvez vous en douter, historiquement chaque classe spécifique a présenté des rendements très différents les unes des autres. Il est donc important de reconnaître les classes les plus risquées et déterminer si le jeu en vaut la chandelle (i.e. serai-je suffisamment rémunéré pour le risque additionnel pris ?).

Q5. Quelle est l’exposition que je souhaite avoir par pays / géographie (revenus fixes) ?

Tout comme les actions, les actifs à revenus fixes tels que les obligations offrent des FNB nous exposant à d’autres secteurs que les titres canadiens. Personnellement, pour cette question j’ai tendance à demeurer dans mes plates-bandes canadiennes. Contrairement aux actions où il est recommandé de diversifier à travers les géographies, les revenus fixes devraient à la base être moins volatils. Pour cette raison, je suis à l’aise de à conserver une exposition uniquement au niveau canadien et ne pas m’exposer aux variations de taux d’intérpet des autres pays.

Q6. Par géographie, quelle est l’exposition visée entre indices corpos vs gouvernementaux ?

Pour ceux qui ne souhaitent pas se casser la tête, il existe des FNB tels que le ZAG qui est un panier d’obligations gouvernementales et corporatives. Toutefois, pour ceux qui aiment davantage la complexité vous pourriez décider de déterminer vous-même la pondération à consacrer dans chaque type d’obligations. Personnellement j’aime le « yield » plus important offert sur les obligations corporatives, bien que je sois conscient que ce type d’obligations soit plus risqué.

Exemple de « yield » pour obligations gouvernementales

Exemple de « yield » pour obligations corporatives

Q7. Quelle est la répartition visée entre obligations courts / moyens / long termes ?

Finalement, on devra se positionner sur la durée des obligations achetées. Comme vous pouvez vous en douter, on obtiendra un meilleur rendement dans des obligations de plus longue durée. Toutefois, ces dernières sont davantage exposées à des hausses de taux d’intérêt. Libre à vous de choisir si vous souhaitez vous surpondérer sur l’une des durées de la courbe de taux d’intérêt ou non. À titre d’exemple, voici une comparaison du « yield » offert pour trois types de FNB d’obligations corporatives :

Exemple d’application pour le portefeuille du Petit Épargnant

Vous trouverez ci-dessous les réponses aux questions que je me suis demandé pour construire les pondérations de mon portefeuille. Évidemment, cette allocation est fonction de mon profil de risque (je ne recommande pas nécessairement cette allocation à quiconque). Cet arbre décisionnel a principalement pour objectif de vous illustrer comment ces questions peuvent être appliquées pour dériver les pondérations que vous pourriez viser dans votre portefeuille.

Et vous, comment construisez-vous votre portefeuille ?

2 réflexions sur « Établissement de votre portefeuille de placement long terme : 7 questions à vous poser »

  1. Voilà un sujet pas facile du tout à saisir et à comprendre pour un grand nombre d’investisseurs néophytes. Cette présentation sous forme de » Questions à se poser et du même coup à explorer…voire décider » permet une amorce pertinente de connaissances de base et même davantage dont la nécessité de réduire les risques par un portefeuille diversifié. Quelle bonne idée de terminer en nous présentant le tableau sur la répartition du » portefeuille du Petit Épargnant « , qui, un tant soit-il, nous enligne !….

    • Merci Denis! En effet, je crois qu’illustrer par un exemple applicatif permet de voir la simplicité de dériver un portefeuille qui, lorsqu’on utilise des FNB, requiert de faibles coûts de gestion et qui risque de produire des rendements avant frais similaires à ceux de la majorité des fonds mutuels alignés sur notre tolérance au risque.

      Au plaisir!

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