Créez-vous du alpha dans votre portefeuille ?

Le alpha d’un portefeuille représente l’écart de rendement que vous amenez par rapport à votre portefeuille de référence sur lequel vous vous comparez. Pour mes lecteurs qui font eux-mêmes la gestion de leurs placements, cette mesure permet en quelque sorte d’évaluer l’impact de leurs décisions. En tenant compte des coûts de transactions, le alpha est donc un bon indicateur de votre performance en tant qu’investisseur. Pour ceux qui laissent la gestion de leurs placements à des professionnels externes, le alpha créé devrait minimalement couvrir les frais de placement qui vous sont chargés. Dans le cas contraire, il vous serait plus avantageux de placer de manière passive dans le marché et épargner ces coûts. Comme j’en faisais part dans un article passé, il est très difficile sur le long terme de battre systématiquement le marché et ainsi, créer un alpha cumulatif positif. Sur un court horizon de temps toutefois, ce scénario est plus plausible. J’ai donc personnellement tenté d’évaluer dans quelle mesure je suis capable de créer de la valeur dans mon portefeuille.

Rappel de ma stratégie

Pour ceux qui suivent mon blogue depuis un moment, vous avez probablement parcouru plusieurs articles où j’aborde ma stratégie de placement. À titre de rappel, cette dernière repose sur l’achat systématique de FNB à une fréquence donnée et ce, afin de lisser mon coût d’achat sur le prix moyen des indices. Bien que j’aie une allocation cible dans ma répartition d’actifs (actions vs obligations, pondération par géographie, etc.), je me garde une certaine discrétion afin de modifier ces dernières selon ma « vue » marché. Mon alpha peut ainsi être vu comme une évaluation de cette discrétion sur mes pondérations.

D’entrée de jeu, vous vous demandez possiblement pourquoi ne pas simplement me coller sur mon portefeuille « benchmark » (i.e. sur l’allocation cible que je me suis défini). En effet, pourquoi amener une complexité additionnelle à revoir mes pondérations en cours de route ? Tant qu’à amener cet aspect de gestion active, pourquoi ne pas être plus agressif et viser à faire davantage de market timing et / ou du stock picking ? La raison principale est que cette manière de fonctionner me permet de satisfaire mes côtés « learner » et « achiever », tout en sachant très bien que sur le long terme, il est très difficile de battre systématiquement les marchés. Je ne suis donc pas prêt à aller « all in » vers une stratégie de placement active. Toutefois, j’aime pouvoir lire des nouvelles financières et économiques et tenter d’évaluer comment ces dernières peuvent se traduire dans l’évolution de rendements futurs des diverses classes d’actifs. Bref, cette approche est à mon avis un bon compromis entre la sécurité d’une méthode 100% passive et mon souhait d’appliquer le résultat de ma réflexion découlant de mes lectures de nouvelles financières et économiques.

Méthodologie et analyse de résultats

Dans un premier temps, afin de procéder à l’évaluation de ma « performance » en tant que gestionnaire du fonds du Petit Épargnant, je suis tout d’abord allé retracer ma pondération en fin de mois dans chaque type de FNB détenu et ce, depuis janvier 2018 (moment où j’ai adopté ma stratégie actuelle). Cela m’a ainsi permis d’obtenir le rendement mensuel de mon portefeuille à partir de ces pondérations.  Dans un deuxième temps, j’ai comparé ce rendement à celui que j’aurais obtenu si j’avais simplement conservé mon portefeuille de référence. L’écart de rendement m’a ainsi permis d’obtenir la sur/sous-performance (alpha) que j’ai pu créer dans mon portefeuille à partir de la discrétion que je m’accorde à revoir mes pondérations selon ma « vue » des marchés. Le tableau ci-dessous présente les résultats de cette analyse.

À première vue, on peut voir que mon alpha semble aléatoire sur l’horizon de temps analysé. En effet, malgré quelques séquences de mois consécutifs positifs ou négatifs, il ne semble pas y avoir d’autocorrélation entre ma sur/sous-performance mensuelle. Comme vous pourrez le constater dans le fichier joint à cet article, cette autocorrélation tourne autour de 13%, ce qui indique que l’alpha d’un mois donné n’est pas un bon indicateur prédictif du mois suivant. Toutefois, lorsqu’on regarde de plus près la distribution, on peut remarquer que ma distribution de alpha est négativement corrélée au rendement de mon portefeuille benchmark. En effet, le graphique ci-dessous illustre que lorsque le rendement de ce portefeuille est positif, mon alpha est généralement négatif. Le coefficient de corrélation entre mon alpha et le rendement du portefeuille benchmark est de -73%, ce qui indique que la stratégie défensive que je visais à atteindre a fonctionné.

Dans un deuxième temps, la distribution des alphas indique que j’ai créé de la plus-value 42% des mois analysés (12 mois sur 28). Malgré tout, le graphique ci-dessus montre qu’en général, lors de mois positifs de alpha, ce dernier a été davantage prononcé. Cela explique ainsi le alpha moyen de 0.086% mensuel que j’ai obtenu. Sur un horizon d’un an, cela se traduirait en une plus-value de l’ordre de 1%. Bref, on peut donc dire que ma décision initiale de gérer par moi-même mon portefeuille afin d’éviter des frais de gestion (min. 1.5% annuellement) a été plus payante que la discrétion que j’amène dans ma stratégie (1% annuellement). Au vue de cette analyse, il mérite toutefois de me questionner à savoir si ça vaut la peine de continuer de procéder avec ma stratégie de placement. En effet, bien que ma stratégie défensive semble avoir fonctionner et que j’aie sue créer de la plus-value à mon portefeuille, y aurait-il des stratégies alternatives qui satisferaient tout autant mon côté « learner » ? Voici quelques approches qui pourraient être explorées de ma part.

Approche 1 – Revoir mes pondérations courantes plutôt que les cibles que je vise atteindre

Afin de me restreindre à faire du market-timing, ma stratégie actuelle m’amène à revoir mes cibles lorsque ma « vue » marché change. Or, au moment de revoir ces cibles je ne touche pas à mes allocations courantes de mon portefeuille ; ce sont plutôt mes achats futurs qui seront pondérés de manière à me rendre tranquillement vers ces cibles. Cette approche a l’inconvénient d’amener un « lag » entre mes pondérations courantes et celles que je vise sur le long terme. Je pourrais théoriquement prendre une bonne décision de bouger mes cibles en cours de route. Toutefois, le fait que je n’atteigne ces cibles que plusieurs semaines plus tard amène l’inconvénient de ne pas cristalliser immédiatement les impacts de cette décision.

L’avantage de cette approche alternative serait donc de me permettre de revoir plus rapidement mes pondérations actuelles en fonction de ma vision du marché et être en mesure d’évaluer plus directement l’impact de ma discrétion. Toutefois, elle amènerait l’inconvénient d’augmenter mes frais de transaction (des frais de vente sont présents dans ma plateforme d’investissement alors qu’aucun frais d’achat n’est applicable). De plus, cela augmenterait davantage selon moi la volatilité de mes rendements (les primes de risque globales de mon portefeuille bougeant au moment de ces rebalancements).

Approche 2 – Revenir sur une approche plus statique et augmenter le poids que je m’accorde à faire du stock picking

J’avais déjà abordé dans un texte passé comme quoi j’accorde 5% de mon portefeuille afin de faire du stock picking. Cela représente en quelque sorte le « play money » que je m’accorde afin de tester mes capacités de choix d’actions. Dans l’éventualité où je conserverais une approche plus statique dans mes FNB, je pourrais compenser mon côté « learner » en augmentant la pondération maximale que j’accorde à du stock picking.

L’avantage de cette méthode est que je conserve une approche plus simple pour le volet « passif » de mon portefeuille qui représente la forte majorité de mes placements. Toutefois, elle contient l’inconvénient qu’elle augmentera fort probablement le niveau global de risque de mon portefeuille. En effet, je suis bien conscient que m’exposer à des actions individuelles augmente mon exposition à quelques titres plutôt qu’à la volatilité de la prime de risque de secteurs / géographies. Par exemple, la volatilité de mon alpha étant de 0.70% mensuellement, il faudrait une très faible croissance de ma pondération en actions individuelles pour augmenter le niveau de risque de mon portefeuille de cet ordre de grandeur.

Approche 3 – Abandonner tout aspect « actif » de ma stratégie

Cette approche revient à concéder que je ne créérai pas à long terme de plus value significative dans mon portefeuille qui mérite à ce que j’accorde du temps à analyser / décortiquer l’information financière que je lis. Elle contient ainsi l’avantage d’être la plus simple des méthodes possibles et devrait à long terme me permettre d’atteindre un rendement équivalent à ma méthode actuelle et ce, pour une volatilité possiblement moindre. L’inconvénient demeure que je mets sur le mode automatique l’ensemble de ma stratégie de placement, ce que je ne suis pas prêt à faire pour l’instant. Je souhaite avoir un peu de plaisir dans mon parcours vers l’indépendance financière et ce plaisir, je l’obtiens en partie en amenant un peu de piquant dans ma stratégie de placement !

Approche 4 – Être « all-in » dans du stock picking

La littérature montre que l’achat de 25 à 30 titres boursiers permet généralement d’atteindre une diversification adéquate. Il est évident qu’avec 5% de mon portefeuille consacré à du stock picking, je me limite à quelques titres actuellement. Or, si j’augmentais ce pourcentage de manière importante, la portion « actions » de mon portefeuille pourrait théoriquement atteindre un niveau de diversification d’un ordre de grandeur similaire à la portion « passive ».

Willey (2013)

Le principal enjeu que je vois de cette approche est tout d’abord qu’il est très incertain que je produise du alpha sur les titres que j’aurai choisi par rapport au marché. Dans un deuxième temps, j’ai historiquement été plus agressif sur les titres boursiers que j’achetais (je navigue dans l’achat de titres avec un niveau de risque plus élevé que la moyenne). Finalement, cette approche compromet mon potentiel de lisser le prix marché lors de mes achats. En effet, ma plateforme d’investissement requiert des frais lors d’achat d’actions, ce qui n’est pas le cas lors d’achat de FNB. Mon épargne systématique peut donc actuellement être placée à petite dose et ce, sans frais. L’achat d’actions amènerait à devoir conserver un montant de liquidité minimal avant de procéder à une transaction afin que la proportion de frais de gestion demeure acceptable. Par exemple, si je place 500$ par semaine actuellement et que je décidais d’allouer ce montant à l’achat d’un titre en particulier pour un coût de transaction de 5$, cela revient tout de même à des frais de 1%. Il serait préférable d’attendre quelques semaines afin d’entraîner ce frais de 5$ sur un montant plus élevé et ainsi, réduire le % de frais d’achat.

Et vous, avez-vous déjà évalué le alpha de votre portefeuille ?

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