Covid-19 : Quels sont les bons coups et mauvais coups identifiés dans ma stratégie de placement ?

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Je vous avais fait part il y a quelques mois de la stratégie de placement que je m’étais doté afin de m’orienter dans mes décisions en tant qu’investisseur. Ma pondération d’actifs à ce moment visait à être plus défensif qu’en temps normal et ce, pour toutes sortes de raisons : tensions géopolitiques et commerciales, durée du cycle de croissance des marchés, tendance de la courbe de taux d’intérêt, etc. Comme chacun d’entre vous, jamais je ne me serais attendu à un choc aussi brutal et « at large » dans l’économie. Lorsqu’on parle d’un événement « black swan » dont personne n’avait anticipé et qui déstabilise l’ordre en place, je crois que cet épisode de Covid-19 est la meilleure représentation d’un tel type de situation. Maintenant que la volatilité sur les marchés semble s’être estompée (du moins, temporairement), le moment est approprié afin de faire une rétrospective sur cette stratégie que je vous avais présentée.

D’entrée de jeu, je souhaite mentionner que je me considère choyé que la seule inquiétude sous-jacente à mon portefeuille actuellement est à savoir si j’ai choisi les bonnes pondérations d’actifs. N’ayant pas été directement impacté d’un point de vue salarial par la situation, il m’est possible de pouvoir continuer à contribuer dans mon portefeuille de manière récurrente. Je suis bien conscient que beaucoup vivent actuellement un stress financier beaucoup plus important et sur ce, j’espère sincèrement que la situation reprendra le plus vite possible.

Ceci étant dit, je crois que ça vaut la peine de représenter à nouveau la pondération d’actifs que je visais il y a de cela quelques mois (voir le graphique ci-dessous). Si ce n’est que mes proportions courantes (points rouges) se soient rapprochées de mes cibles courantes (points noirs), ma stratégie de placement n’avait essentiellement pas bougé avant la baisse des marchés. Pour ceux n’ayant pas lu cet article, notez que j’adopte une stratégie peu excitante où j’achète à une fréquence donnée des ETF de manière à « smoother » le prix de mes achats et tendre graduellement vers les cibles courantes en place. Ces cibles courantes peuvent bouger en fonction de ma vue des marchés. Toutefois, dans des conditions normales ces cibles courantes devraient être alignées avec les cibles à long terme (flèches en noires).

Bon coup #1. Surpondérer dans les obligations courts termes

En temps normal je viserais à avoir 10% de mon portefeuille investi en ETF obligataires et ce, de manière égale entre les obligations court / moyen / long termes. En raison de l’aspect plutôt « flat » de la courbe des taux d’intérêt en vigueur depuis plusieurs mois, le rendement additionnel sur les obligations long terme ne justifiait pas à mon avis la prise de risque additionnelle que cela amenait (i.e. plus grande sensibilité à une variation de taux obligataires). L’élargissement des « spreads » corporatifs amené par le risque de récession a amené une baisse de valeur de ces indices obligataires. Toutefois, cette baisse fut beaucoup plus prononcée sur les obligations corporatives long termes. En effet, depuis le 6 mars les obligations corporatives long terme ont baissé de 9% alors que celles court terme ont baissé de 2%.

Mauvais coup #1. Sous-évaluer le risque des obligations corporatives

L’une des principales faiblesses de ma stratégie de placement fut toutefois à mon avis de trop m’exposer aux obligations corporatives afin d’amenuiser mon exposition aux marchés boursiers. Lorsque je compare ces dernières à un panier d’obligations diversifié (ex : ZAG.TO), la baisse amenée par l’élargissement des « spreads » corporatifs fut beaucoup plus prononcée. Cette recherche de rendement additionnel m’a amené à m’exposer à une nouvelle source de risque (le crédit des entreprises) alors que mon besoin initial demeurait de réduire mon exposition aux marchés boursiers. Lorsqu’on compare l’évolution de l’indice obligataire diversifié à celui des obligations corporatives long termes, on voit que le premier a repris essentiellement toute la perte initiale alors que le second demeure en-deçà de son sommet initial. De plus, la baisse maximale du mois de mars fut beaucoup moins prononcée pour le panier diversifié (-16% vs -28%).

Bon coup #2. Rester calme malgré les circonstances

Je dois vous avouer que vivre des journées avec des rendements journaliers pouvant aller à +/-10% peut donner des sueurs froides à tout investisseur. Les balises que je me suis doté dans ma stratégie de placement (achats récurrents, éviter le market timing) m’amènent à avoir un horizon long terme plutôt que viser à faire des gains rapides à court terme en fonction de l’émotion des marchés. Je ne vise pas à faire de coups de circuits mais je compte plutôt sur la croissance à long terme des marchés pour ultimement atteindre l’indépendance financière. Mon plan de match est construit en assumant un rendement de portefeuille moyen de 6% annuellement. Sachant que j’avais déjà en place une stratégie que je jugeais relativement défensive et qui demeurait à l’intérieur de mon appétit pour le risque, j’ai vu en la baisse des marchés une opportunité de tranquillement me repositionner de manière plus agressive. Tenter de faire du market timing en rebalançant régulièrement mes pondérations courantes aurait pu me permettre d’éviter une baisse de mon portefeuille. Toutefois, cela aurait aussi pu amener à ne pas profiter de la remontée partielle connue au cours des dernières semaines.

Mauvais coup #2. Être trop exposé aux titres à hauts dividendes

Cette observation est alignée avec le mauvais coup précédent dont je vous ai fait part. Plutôt que m’exposer uniquement dans l’indice canadien, j’ai visé à surpondérer vers des ETF à hauts dividendes canadiens offrant un dividende de l’ordre de 1% à 2% annuellement plus élevé que l’indice. Cette quête de rendement m’a toutefois amené à m’exposer à un panier d’entreprises plus sensibles à un risque de récession (plus forte proportion de dette, sensibilité prononcée à une coupure de ce dividende, etc.).  À titre comparatif, la baisse sur l’indice à haut dividende fut 10% plus prononcée que sur l’indice canadien. Mon exposition m’a donc amené une baisse de rendement de 1% additionnel sur mon portefeuille. Bref, j’ai sous-évalué le risque dans cette catégorie d’actifs et en rétrospective, je ne crois pas que le taux de dividende additionnel ait justifié cette prise de risque.

Cette introspection m’amène-t-elle à revoir ma stratégie pour le futur ?

De manière générale, je dirais que ma stratégie demeure inchangée à quelques différences près. Plus particulièrement, comme je vous en faisais part j’ai profité de la baisse afin de revoir les pondérations cibles de mon portefeuille. Entre autres :

  • Je me suis repositionné sur ma cible à long terme en obligations (10%). Toutefois, cette proportion est entièrement investie dans des obligations court termes afin d’amenuiser mon exposition au risque de crédit des entreprises. À mon avis, il demeure beaucoup d’incertitudes sur les impacts économiques post-crise qui font en sorte que je souhaite moins m’exposer à l’évolution des « spreads » corporatifs en ce moment
  • J’ai augmenté ma pondération dans l’indice américain au-delà de ma cible long terme. Ce n’est que mon opinion, mais je crois que l’économie américaine sortira moins amochée de cette crise que d’autres géographies, dont le Canada. En effet, l’indice américain offre une plus grande exposition aux secteurs technologiques (moins de dettes) et de la santé (potentiel de croissance en raison de la crise hygiénique). À titre comparatif, au Canada nous sommes fortement exposés aux secteurs de l’énergie et financiers. Principalement en raison du secteur de l’énergie, je crois que l’indice canadien continuera de sous-performer par rapport à son voisin à court terme (ce qui est le cas depuis plusieurs années). Une grosse inconnue par rapport à l’indice américain est toutefois la réaction des marchés suite à l’élection présidentielle de Novembre
  • Je demeure prudent dans les actifs « plus risqués ». En effet, bien que j’aime avoir une certaine exposition additionnelle aux small-cap, je demeure en bas de ma cible long terme car je juge ce secteur plus risqué en ce moment. De plus, j’ai revu mon évaluation du risque des titres à hauts dividendes, ce qui m’a amené à revoir à la baisse ma pondération dans cette catégorie d’actifs

Au-delà de la repondération de mes cibles, cet épisode m’a aussi fait réaliser comme quoi je devrais me laisser une plus grande marge de manœuvre au besoin afin de revoir immédiatement mes pondérations courantes de mon portefeuille plutôt qu’uniquement revoir les cibles que je me suis doté. Cela m’a servi dans la mesure où j’ai vendu l’ensemble de mes obligations corporatives moyen et long terme avant que la baisse s’amorce sur ces titres. Je déviais à ce moment d’un principe que je m’étais doté de ne pas viser à faire du market timing. Toutefois, cette décision avait été prise dans l’optique de réduire le niveau de risque immédiat de mon portefeuille. J’ai été quelque peu chanceux car la descente s’est amorcée dans les jours suivants. Vous trouverez ci-dessous une comparaison des pondérations cibles avant la Covid-19 (points noirs) et actuelles (points oranges).

En tout et pour tout, bien malin celui qui saura où se retrouvera le marché dans quelques mois. Autant la baisse fut abrupte (≈-35% en moins d’un mois), autant nous avons eu une hausse marquée par la suite (≈+25% en deux semaines). Dans quelle mesure les habitudes de consommation seront modifiées suite au déconfinement graduel ? Quelle proportion de PME pourra passer à travers la perte de revenus ? Comment les mesures gouvernementales actuelles auront une incidence sur notre économie (inflation, crise de la dette publique) ? On devrait commencer à avoir des réponses à ces questions au cours des prochaines semaines, nous permettant d’avoir une meilleure idée sur la vitesse de la reprise des marchés (ou d’une nouvelle chute) et des rendements au cours des prochaines années.

Note : Cet article ne vise pas à fournir des conseils financiers. La stratégie discutée a été établie en fonction de mon propre appétit au risque.

2 avis sur « Covid-19 : Quels sont les bons coups et mauvais coups identifiés dans ma stratégie de placement ? »

  1. Très belle article comme d’habitude Petit Épargnant.
    As-tu augmenter tes achats pour tenter de « profiter » de la situation ?
    Ou bien restes-tu sur ton orientation de « smoothing » initiale ?

    Merci.

    • Merci Alek!

      Avec la vente de mes obligations corporatives, cela m’a donné de la liquidité additionnelle qui me permet d’augmenter le montant d’achat que je fais (encore une fois, je « smooth » ces achats). De plus, j’ai eu une grosse entrée de liquidité en début d’année que je n’avais pas encore pleinement investi cette dernière. Cela me permet aussi d’acheter davantage en ce moment et tenter de profiter de prix plus faibles.

      Toutefois, je ne vais pas « all in » en ce moment. Autant les marchés ont solidement planté en mars, autant je trouve que la hausse récente s’est fait très (trop ?) rapidement. La grosse inconnue à mon avis demeure à savoir comment se passera le déconfinement et à quelle vitesse pourrons-nous faire ce dernier. J’ai l’impression que la reprise des marchés price un « scénario idéal » de déconfinement.

      Bref, malgré mes liquidités qui me permettent d’augmenter mon volume d’achats, je demeure prudent en ce moment quoi que j’ai augmenté mon volume d’achat de 20% par rapport à habituellement. C’est probablement un défaut de profession d’actuaire qui m’amène à toujours être prudent 😉

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