Covid 19 – Quelle était la probabilité d’un tel scénario ?

À moins que vous ne vous appeliez Jared Leto, vous vivez depuis plusieurs jours les conséquences de l’entrée sur notre territoire du Coronavirus. En l’espace de quelques jours seulement, des pays sont devenus en quarantaine, les frontières mondiales se sont refermés, la bourse a cassé de près de 30%, les taux d’intérêt sont de retour dans les eaux de 2008 et des déficits de plusieurs centaines de milliards sont à prévoir par les divers gouvernements à travers le monde pour assurer la relance de l’économie lorsque la « distanciation sociale » ne sera plus requise. L’une des questions que je me suis demandé suite à ces événements est : quelle pouvait être la probabilité qu’un tel scénario se réalise ?

Considération #1. La mortalité

D’entrée de jeu, au-delà de l’aspect financier et économique amené par cette pandémie, abordons ce qui est le plus important : la santé des gens. L’objectif des mesures mises en place pour le moment a pour objectif primordial de minimiser le taux de propagation du virus et ainsi, assurer au système de santé d’offrir des soins de santé à tous ceux qui pourraient être infectés. Dans l’éventualité où on ne pourrait aplatir la courbe de propagation, on pourrait se retrouver dans une situation comme celle de l’Italie où les taux de mortalité sont considérablement plus élevés qu’ailleurs (d’autres facteurs tels que la proportion de personnes âgées peuvent aussi en partie expliquer cela).

Je dois vous avouer qu’il peut être difficile de s’y retrouver parmi tous les chiffres véhiculés dans les médias. Au Québec, un scénario pessimiste envisagé parle de
24 000 décès potentiels liés au Coronavirus, ce qui représenterait un taux de mortalité avoisinant 3 personnes sur 1 000 dans la population. Toutefois, la ministre de la Santé du Canada a aussi véhiculé au cours des dernières semaines que de 30% à 70% de la population canadienne pourrait être infectée en cas de transmission généralisée. La probabilité qu’une personne infectée décède du coronavirus est fortement dépendante de son âge et de son état de santé initial. Au moment de l’écriture de ce texte, parmi les cas répertoriés dans le monde et dont l’issue du virus est connue, 13% sont décédés. Toutefois, le taux de mortalité « réel » devrait être plus faible en raison de 1) cas asymptomatiques qui ont eu le virus et qui n’ont pas été répertorié et 2) la faible vitesse à laquelle les tests sont effectués (on pense aux États-Unis). L’étude la plus crédible que j’ai trouvé sur le sujet parle d’un taux de mortalité de meilleure estimé allant de 0.25% à 3%, ce qui résulterait dans les scénarios pessimistes de contagion généralisée d’une mortalité de 0.75 à 21 personnes sur 1000 qui décèderaient dans la population. Au fur et à mesure que nous en apprendrons davantage sur la pandémie, les scénarios risquent toutefois de se raffiner.

Pour vous faire une idée de la probabilité associée à ce genre de scénarios, je vous présente les résultats d’une étude publique présentée en 2014 par l’un des principaux réassureurs internationaux. Ce dernier a calibré un modèle estimant l’impact d’une pandémie à partir de facteurs tels que le taux et la vitesse de propagation ainsi que la mortalité en cas de contagion. Ce que je trouve intéressant, c’est qu’une considération a été effectuée afin d’établir la vitesse de propagation entre les distributions d’âge selon le niveau de contacts d’une catégorie d’âge avec les autres catégories. Cela peut ainsi aider à prédire la proportion de la population infectée par « bande d’âge ».

Ces informations sur le niveau d’infection par catégorie d’âge est importante puisque le taux de mortalité a tendance à augmenter en conséquence. Le graphique ci-dessous montre l’impact exponentiel du taux de mortalité à partir de 55 ans pour des pandémies antérieures.

Bref, au bout de tout cela une distribution de probabilité de la mortalité a été établie par pays. Comme le graphique ci-dessous l’illustre, un taux de mortalité excédentaire de 1 personne sur 1000 amenée par une pandémie devrait survenir moins de 1 année sur 200 pour le Canada. Pour rappel, les scénarios pessimistes véhiculés par les gouvernements résulteraient en une mortalité supérieure à ces niveaux.

Évidemment, cette information ne représente qu’un modèle fait par une compagnie. Toutefois, ça peut donner une idée de comment on peut se situer par rapport à ces modèles. Je suis confiant qu’avec la proactivité du gouvernement et l’écoute de la population, une mortalité beaucoup plus faible que les scénarios pessimistes résultera de cette pandémie.

Considération #2. Les marchés boursiers

Il était prévisible qu’en cas de pandémie, les marchés boursiers allaient casser dans une certaine mesure. En l’espace d’un mois, le S&P 500 a perdu près de 32% de sa valeur. Malgré tout, ce dernier est revenu aux niveaux qu’il était en 2017. Bref, on vient de perdre près de 3 ans de rendements en l’espace d’un mois. De son côté, le TSX a fondu de 34% et est revenu dans les environs qu’il était en 2006 ! En raison de sa forte dépendance aux ressources naturelles et de la faiblesse du prix du baril de pétrole depuis plusieurs années, la bourse canadienne fait du surplace.

Le graphique ci-dessus présente les divers marchés baissiers observés sur le S&P500 depuis 1956. Comme vous pourrez le constater, 10 marchés baissiers sont survenus sur cet horizon de 64 ans. En moyenne, la baisse cumulative atteint 35% lors de ces situations et ce, pour une durée moyenne de 12 mois. Or, la baisse connue au cours du dernier mois nous mène déjà dans la moyenne des marchés baissiers historiques. Toutefois, jamais un « bear market » n’avait-il été obtenu en si peu de temps. En fait, le rendement mensuel le plus bas que j’ai répertorié sur le S&P500 « Total Return » (obtenu du 1er jour au dernier jour d’un mois) est de -22%, obtenu en Octobre 1987. Sur une base mensuelle, jamais donc depuis 1956 les marchés boursiers n’avaient connu de telles baisses. La question est maintenant de savoir si le marché a pleinement « pricé » l’effet de la baisse économique amenée par les mesures de distanciation sociales mises en place par les gouvernements. Notons que parmi les 10 marchés baissiers observés, uniquement 2 ont amené des baisses cumulatives excédant 45%. Personnellement, je ne serais pas surpris qu’on se rende à ces niveaux.

Bref, en termes de rapidité de la baisse de marché, depuis 1956 ce qui se rapproche de ce que nous avons vécu au cours du dernier mois est la baisse de 1987. Toutefois, d’un point de vue de la magnitude totale de la baisse, attendons de voir les prochaines semaines afin de positionner ce marché baissier par rapport aux autres données observables. À titre informatif, la grande dépression des années 30 a amené une baisse des marchés de l’ordre de 86% sur un horizon de 34 mois ! Pour ceux qui se demandent jusqu’à combien de temps nous pourrions devoir attendre afin de retrouver les niveaux boursiers que nous avions il y a de cela quelques semaines, en moyenne plus de 1 100 jours ouvrables furent nécessaires par le passé pour retrouver les niveaux boursiers en vigueur avant l’amorce d’un marché baissier. À voir donc si cette baisse prononcée nous amènera une reprise tout aussi prononcée ou si nous devrons être patients.

Pour conclure cet article, je souhaitais vous partager deux articles fort intéressants que certaines personnes de mon réseau social ont partagé récemment et qui illustrent comment les mesures de distanciation sociale permettent d’amenuiser la courbe de progression du virus. Cela démontre que nous avons tous un rôle à jouer pour donner un coup de pouce à notre système de santé.

Article 1

Article 2

4 avis sur « Covid 19 – Quelle était la probabilité d’un tel scénario ? »

  1. Donc on ne bouge pas dans tous les sens du terme: ni au niveau des placements, ni de la maison… Une chance qu’on a les réseaux sociaux qui nous instruisent. Merci le Petit épargnant!

    • Au niveau des placements, avec la débarque des dernières semaines je ne crois plus en effet que ce soit le temps de bouger. On espère une reprise rapide 🙂

  2. Est-ce que les données sur les décès inclus les dommages collatéraux que vont entraîner le virus? Car, outre les morts foudroyantes entraînées par le virus, c’est tout les à-côtés qui me font peur. Si tout les lits des soins intensifs sont pris par des patients atteints de Covid, que va t-on faire pour ceux qui ont un « banal » infarctus? Décompensation de son MPOC? Probablement décéder par manque de ressources. C’est vraiment ce qui me fait peur en ce moment et je ne suis pas certaine qu’on peut chiffrer cela; nous avons déjà un système de santé précaire au Québec, ça peut empirer sur un moyen temps !

    D’Où l’importance d’une bonne distanciation sociale ;).

    • Travaillant dans le milieu de l’assurance, je vous dirais que lorsque des scénarios de risque de mortalité sont établis, on analyse la mortalité excédentaire de la population assurée sur 1 année vs notre meilleure estimation et ce, peu importe la cause. Bien que ce ne soit pas mentionné dans l’étude dont je fais référence dans l’article, je soupçonne que c’est une approche similaire qui a été utilisée.

      Je suis en accord avec vous sur les dommages collatéraux que le virus pourrait avoir sur notre système de santé. Pour l’instant, des sites suivent pratiquement en temps réel les décès liés directement au Coronavirus. Toutefois, cela ne donne pas l’image complète de l’impact de la pandémie.

      Au plasir !

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