Comment s’adapte votre stratégie de placement en période d’incertitude ?

Je ne sais pas pour vous, mais je trouve particulièrement difficile d’évaluer quelle direction pourrait prendre les marchés dans les prochains mois. Depuis quelques semaines non seulement les jours se suivent mais ne se ressemblent pas, mais on observe plus fréquemment qu’à l’habitude des hausses et des baisses journalières de plus de 1% sur l’ensemble des indices. Alors qu’on nous rabat les oreilles sur le fait que certains indicateurs pointent vers une correction à court terme (ex : inversion de la courbe US, durée du cycle, guerre commerciale), d’autres métriques montrent plutôt une résilience de l’économie qui pourraient continuer à procurer du rendement sur les marchés (ex : faible taux de chômage, dépenses stables en consommation). À cela s’ajoute une nouvelle variable aléatoire qui n’était pas présente dans les cycles antérieurs : les sautes d’humeur de notre ami au teint orangé au sud de la frontière. C’est dans cet environnement instable que je me suis demandé si je devais revoir ma stratégie de placement.

Pour ceux qui ont lu mon article Établissement de votre portefeuille de placement long terme : 7 questions à vous poser, je vous présente mon processus de réflexion afin d’établir la répartition cible de mon portefeuille qui se compose comme suit :

Ce que j’ai omis de mentionner (volontairement) dans mon article précédent est que cette pondération cible peut être appelée à varier selon ma vision des marchés boursiers. En effet, quand je juge que la probabilité à moyen terme d’une baisse de marché soit plus importante que sa moyenne historique, je me garde la discrétion de revoir mes pondérations dans chaque catégorie d’actifs, tout en me fixant quelques balises auxquelle je ne dois pas dévier. Voici donc ces balises:

Ma pondération cible en obligation ne dépassera jamais 30%

N’ayant pas de boule de cristal, même si je crois que les marchés pourraient être appelés à baisser, je pourrais être dans l’erreur. Je veux donc me protéger contre moi-même et éviter de faire du market-timing. En effet, il ferait peu de sens à mon âge de me sortir complètement des marchés boursiers et ce, même si cela était temporaire.

Je n’irai jamais vers des obligations « junk » ou autres actifs trop risqués

Je vous ai fait part dans mon article précédent comme quoi je préférais actuellement investir dans les obligations corpo en raison de leur spread intéressant par rapport aux obligations gouvernementales qui offrent un rendement anémique. Toutefois, ces FNB demeurent composés de titres d’entreprises corporatives canadiennes de grandes tailles qui à mon avis sont relativement peu risquées. Mon aversion au risque m’empêcherait d’aller m’aventurer dans des instruments de dette plus volatils.

De manière similaire, d’autres catégories d’actifs que je juge plus spéculatifs sont un non-non dans ma stratégie de placement : bitcoins, secteur de la marijuana, options dans l’optique de spéculer, indice leveragés, etc. Cela m’a empêché de faire des rendements alléchants par le passé mais en même temps me protège contre des situations où j’aurais pu me casser solidement les dents.

Je conserverai toujours de l’exposition en action pour chacune des 4 géographies

Oui, je juge les marchés émergents plus risqués que ses pairs. Oui, je diminuerai mon exposition dans cet indice si j’anticipe une baisse à court terme des actions. Non, je ne réduirai pas cette exposition à zéro.

Je ne changerai pas du jour au lendemain mon allocation courante de mon portefeuille pour atteindre mon allocation cible

Prenons comme exemple que je détienne actuellement 27% de mon portefeuille en indice US, ce qui est aligné avec mon allocation cible long terme de mon portefeuille. Toutefois, si pour une raison quelconque je décide de revoir cette allocation à 20%. Suite à cette révision, mon portefeuille demeurera à 27% en indice US mais mes nouvelles épargnes seront distribuées dans l’optique d’atteindre graduellement le 20% que je me vise. Ainsi, 0$ de mes nouvelles contributions iront dans l’indice US car je dépasse la cible courante que je me donne. Cette balise est encore une fois mise en place afin de m’empêcher à faire du market-timing.

Un sommaire de ma stratégie de placement en un clin d’œil

Le graphique ci-dessous résume à mon avis relativement bien la dynamique de ma stratégie de placement. Tout d’abord, je vous présente pour chaque actif l’intervalle dans lequel doit se retrouver ma cible courante. Par exemple, dans le cas de l’indice US, mon allocation cible ne pourra jamais être en deçà de 10%, ce qui devrait être extrêmement rare comme situation. Toutefois, je me garde le droit d’établir ma pondération cible à un niveau de 35% au besoin.

Dans un deuxième temps, les flèches présentent mon allocation cible long terme que je vise avoir dans mon portefeuille dans des conditions normales, tel qu’indiqué dans mon article précédent. Les points noir représentent mon allocation cible courante. On voit donc que je vise actuellement à diminuer le poids vers les catégories que je juge plus risquées vs des conditions que je juge moins volatiles. Par exemple, pour le marché émergent mon allocation cible courante est de 12.5% alors que mon allocation cible long terme devrait être à 17.5%. Cette différence est expliquée par le fait que je juge les marchés émergents plus risqués actuellement que leur niveau d’équilibre habituel. De manière similaire, alors que je vise généralement à avoir une pondération similaire dans les obligations court, moyen et long termes, je vise actuellement à surpondérer les obligations court termes en raison de l’aspect « flat » de la courbe de taux d’intérêt qui m’amène à obtenir un yield intéressant par rapport au risque d’intérêt que cela m’amène.

On peut toutefois remarquer que mes pondérations actuelles (points rouges) ne sont pas toujours alignées sur mes pondérations cibles (points noirs). Comme j’en faisais part précédemment, les nouvelles contributions que je ferai dans mes actifs iront graduellement rétrécir l’écart qui demeure entre ces points pour chaque catégorie d’actif.

N’est-ce pas trop compliqué ?

La question mérite d’être posée. Au bout de tout cela, est-ce que je créé vraiment de la plus-value à mon portefeuille à avoir cette stratégie dynamique ? En toute honnêteté, je ne peux vous garantir qu’à long terme cette stratégie surperformera une approche plus « statique ». Bien que cela m’ait été bénéfique dans les dernières années, rien ne me garantit que cette tendance se poursuivra. Au final, allez de l’avant vers une approche avec laquelle vous êtes confortable ! Vous n’aimez pas vous casser la tête dans vos placements ? Il existe des FNB avec une pondération préétablie dans des grandes catégories d’actifs qui pourront vous procurer des rendements intéressants. Vous êtes plus comme moi et aimez suivre les nouvelles financières afin de tenter de mettre en pratique votre intuition ? Vous pouvez vous-mêmes vous construire vos propres pondérations cibles dans chaque catégorie d’actifs et vous doter de balises dans l’établissement de votre stratégie de placement pour guider vos décisions, tel qu’énuméré précédemment.

Et vous, quelle est votre stratégie de placement ?

4 réflexions sur « Comment s’adapte votre stratégie de placement en période d’incertitude ? »

  1. Je ne comprends pas cette aversion au « market timing » car ça veut dire ne PAS acheter quand le marché est bas et ne pas vendre quand le macrché est haut. Je veux bien croire qu’il est difficile d’évaluer si le marché est haut ou bas mais des fois c’est évident (décembre 2018).

    • Bonjour Jean,

      Ce pourrait en effet être un sujet intéressant à aborder dans le futur, c’est-à-dire comment historiquement les investisseurs ayant adopté une stratégie de market-timing sont en mesure de créer de la valeur ajoutée dans leur portefeuille pour le risque additionnel qu’ils prennent. Pas sûr que l’investisseur moyen créé énormément de valeur additionnel dans son portefeuille via cette stratégie plutôt qu’une approche passive avec diversification appropriée. Je vais essayer de me renseigner davantage sur le sujet.

      J’avoue que dans certains cas clairement les marchés semblent donner des signaux dans un sens (ex: banques canadiennes en 2008). Pour ton exemple de décembre 2018, pour moi ce n’était pas évident à ce moment que les marchés allaient reprendre aussi vite. Je ne suis pas sûr aussi que beaucoup avaient anticipé une baisse aussi drastique aussi rapidement. Bref, toujours difficile de savoir le bon moment de vendre et acheter.

      Merci de ton input!

      • Bien d’accord que c’était pas évident pour personne que le marché allait reprendre aussi vite, mais c’était évident que le marché allait remonter car il remonte toujours, n’est-ce pas pour cette raison qu’on investit dans le marché des actions?

        • En effet ! De mon côté au moment que les marchés avaient dégringoler je n’avais malheureusement pas de liquidités additionnelles à investir. J’avais quelque peu revu mes cibles courantes et j’avais continué à investir de manière récurrente les nouvelles liquidités que j’ai avec chaque paie dans l’éventualité où cela allait remonter. C’est le mieux que je pouvais faire à ce moment !

          C’est un désavantage de la stratégie que je mets de l’avant. Elle empêche de pouvoir profiter des opportunités des marchés car je suis pas mal tout le temps investi à 100%, si ce n’est des « tactical calls » que je fais sur mes pondérations courantes vs long termes comme par exemple à ce moment en surpondérant les obligations corpo. Je compte sur l’effet de diversification et les tendances long termes à la hausse des marchés pour faire du rendement.

          Mon plan de match suppose 6% de rendement de mon portefeuille pour pouvoir atteindre la liberté financière au moment que je me suis fixé. Perso, tant que j’atteins en moyenne ce % je serai satisfait.

          Au plaisir !

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